Avec cet article, je vous emmène découvrir un site remarquable que j’ai découvert cette année : la crypte de la basilique Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer 😊 Depuis sa réouverture, je n’avais pas encore eu l’occasion de venir voir les travaux de restauration qui ont été effectué. Ce bâtiment religieux a une place particulière pour moi parce que j’ai été sa voisine pendant un an. L’année universitaire effectuée à Boulogne-sur-Mer m’a permis d’obtenir un de mes outils de travail : la carte de guide interprète national. Eh oui, je suis vieille ! J’ai obtenu ma carte avec la réforme qui a regroupé les différentes pour devenir la carte de guide conférencier national. Et mon logement étudiant était la petite maison à côté de l’entrée de la basilique. Belle vue et pratique pour les exercices de guidage qui s’effectuaient dans la vieille ville 😊
Mais laissons la nostalgie derrière et revenons au sujet de l’article, la crypte !
Un petit passage sur l’histoire de la basilique et de la crypte avant de vous y emmener par le biais des photos. Les informations pour cet historique sont issues de La crypte. Au cœur de 2000 an d’histoire, édité par le service Ville d’art et d’histoire de Boulogne-sur-Mer.
« La date de fondation de l’église Notre-Dame est inconnue mais remonte au plus tard au 7e siècle ; sa reconstruction vers 1100 est traditionnellement attribuée à la comtesse Ide de Boulogne, épouse d’Eustache II, compagnon d’armes de Guillaume le Conquérant et représenté à ses côtés sur la tapisserie de Bayeux qui relate la conquête de l’Angleterre en 1066.
C’est à cet édifice qu’appartenait la crypte romane redécouverte au 19e siècle.
A partir du 13e siècle, alors que les pèlerinages à Notre-Dame prennent leur essor, l’église fait l’objet de plusieurs transformations.
Après la destruction de la ville diocèse de Thérouanne par les troupes de Charles Quint en 1553, l’évêché est découpé en trois nouvelles circonscriptions : Boulogne, pour la partie française, Ypres et Saint-Omer, alors sous domination espagnole. Notre-Dame de Boulogne est érigée en cathédrale en 1556 et les bâtiments abbatiaux sont convertis en palais épiscopal, reconstruit à partir de 1727. Jusqu’à la fin du 18e siècle, 12 évêques se succèdent.
Fermée au culte en 1791, l’église médiévale finit par disparaître en 1798. L’édifice avait été acheté par un groupe de promoteurs qui avaient sur le site un projet immobilier, finalement non réalisé.
La reconstruction est due à l’abbé Benoît-Agathon Haffrreingue (1785-1871), directeur depuis 1815, du petit séminaire installé à côté des ruines de la cathédrale. Son souhait était de rétablir le siège épiscopal perdu à la Révolution. Le Concordat de 1817 qui le laissait espérer est sans doute l’élément déclencheur du projet de reconstruction. Peu après, le prêtre rachète le terrain et, bien que n’étant pas architecte de formation, imagine les plans de la future église avec l’aide de l’architecte Edouard Bétencourt.
Le chantier de la nouvelle église débute en 1827 par la chapelle de la Vierge, et c’est l’année suivante, lors de travaux de fondation du dôme, qu’apparaissent les restes de la crypte romane, probablement comblée depuis le 14e siècle quand le chœur gothique fut construit.
Assez vite, on protège les vestiges par la construction d’une grande voûte, mais ce que n’est que 10 ans plus tard que la salle est entièrement vidée de ses terres.
La restauration est confiée à l’architecte de la ville, Albert Debayser, formé à l’école des Beaux-Arts, et le lieu est ouvert au public pour la première fois le 8 avril 1839, à l’occasion des fêtes de Pâques. Simultanément, est mise au jour une seconde salle d’origine médiévale, décorée de fresques du 13e siècle et située au côté nord de la crypte romane. A son tour, celle-ci est couverte d’une voûte moderne et déblayée.
L’aménagement de la crypte par l’abbé Haffreingue s’accompagne d’un ambitieux programme pictural mené progressivement jusqu’au milieu des années 1860, se traduisant, par la décoration de l’ensemble des parois, soit environ 4 000 m². La restauration des peintures romanes et gothiques fait écho à la redécouverte par les architectes et les archéologies de l’utilisation de la couleur dans l’architecture de l’Antiquité et du Moyen Âge.
Le programme défini par l’abbé regroupe 160 scènes figuratives consacrées aux personnages de l’Eglise, à l’Ancien testament, à l’histoire de Notre-Dame de Boulogne. Les voutes s’ornent d’un décor d’arabesques ou de faux-parements.
Le 20e siècle est jalonné de plusieurs pour la crypte. Elle accueille le culte après l’effondrement des voûtes de la basilique en 1921. Dix ans plus tard, des renforts en béton armé sont installés dans la crypte située sous la rotonde du dôme qui risquait de disparaître à cause de son propre poids. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la crypte sert d’abri permanent à la population qui l’aménage en lieu de la vie nocturne et diurne. »
Après cinq années de travaux, la crypte est inaugurée le 29 mai 2015.»
Il est temps désormais de déambuler dans les couloirs de cette magnifique crypte, qui possède de très grandes dimensions : 100 m de longueur et 1 400 m². Ce qui en fait une des plus grandes cryptes de France et le site témoigne des 2 000 ans d’histoire de la ville et de son église médiévale.
Et je vous partage par la même occasion, les informations glanées au fil de la visite de la crypte pour en savoir un peu plus sur les collections présentées ainsi que les lieux traversés.



La crypte abrite un certain nombre d’élément de mobilier funéraire. C’est l’occasion de rappeler que le sol de l’église Notre-Dame a servi de lieu d’inhumation jusqu’à la fin du 18e siècle. Très peu d’éléments ont été retrouvés lors de la redécouverte de la crypte. Il y a notamment un sarcophage en pierre ainsi que plusieurs pierres tombales gravées. Ces pierres étaient réservées à l’aristocratie féodale et aux religieux pendant le Moyen Âge. Elle est de forme rectangulaire, ornée d’une image centrale entourée d’une épitaphe.

L’édifice a subi de nombreuses transformations à partir du 13e siècle, notamment avec l’accroissement des pèlerinages. Une voûte d’ogives est installée, et les vestiges de la corniche encore visibles datent de cette époque. Un chœur avec un déambulatoire est construit dans le prolongement du sanctuaire roman. L’année 1308 est une année importante pour l’abbaye car elle accueille un mariage royal : celui d’Isabelle de France avec Edouard II d’Angleterre. À la suite du mariage, le roi de France Philippe le Bel qui avait une grande dévotion envers la Vierge Nautonière de Boulogne va créer un raccourci de pèlerinage depuis Paris, donnant naissance à Boulogne -sur-Seine, aujourd’hui appelé Boulogne-Billancourt.






La crypte permet la présentation d’une partie des collections lapidaires en lien direct avec le monument. Cela permet ainsi d’évoquer certaines parties de celui-ci comme le portail ou encore la clôture de chœur.
C’est au 15e siècle, que le portail est installé et il devait représenter un « beau morceau d’architecture ». En effet, le commanditaire de ce portail est le duc Jean de Berry, comte Boulogne, qui est l’un des plus grands mécènes, esthètes et bâtisseurs de son temps. La collection lapidaire (= éléments sculptés) comprend des éléments du portail. Selon certaines descriptions, la Vierge Nautonière est au centre, entourée par les représentations du duc Jean de Berry et de la comtesse Jeanne, sans oublier des médaillons représentant des scènes de la vie de la Vierge et des épisodes de Notre-Dame de Boulogne.
La clôture de chœur a pour objectif d’isoler le clergé des fidèles au niveau du chœur de l’édifice. Ces clôtures sont plus ou moins monumentales et sont très souvent, pendant le Moyen Âge, hermétiques et composées de murs historiés (= éléments sculptés, tableaux représentant des scènes, des personnages). Par la suite, il y aura une ouverture, avec des grilles qui laisseront visible le cœur pour les fidèles installés dans la nef.
Les éléments qui sont arrivés jusqu’à nous, sont issus des clôtures datant du 17e siècle, réalisé par Antoine Liesse (sculpteur calaisien) et le résultat d’un don effectué par Louis XIV. Ce don était accompagné de deux cœurs d’or, un pour lui-même, et l’autre portant le nom de son père Louis XIII qui n’avait pu s’acquitter de l’offrande traditionnelle instaurée par Louis XI à la Vierge de Boulogne. Les chapiteaux ioniques en marbre blanc (probablement de Carrare) prouvent le prestige de la construction.





Le jubé est un élément architectural qui sépare deux espaces : le chœur et la nef. A Boulogne, il est intégré aux clôtures. Ici, il s’agit d’un don du duc Antoine d’Aumont, gouverneur du Boulonnais. Ce don fait probablement suite à celui de Louis XIV dont il était très proche, ceci afin de terminer l’ensemble architectural clôtures/jubé. Tout comme les clôtures, le jubé semble être un élément majestueux comme nous le prouve les vestiges restants.

Dans la suite du parcours, un espace a été aménagé en chapelle et elle est dédiée à une personnalité qui a laissé son empreinte à Boulogne : le général argentin San Martin. La chapelle a d’ailleurs, pendant onze années, le corps du général mort en 1850.
Mais qui est ce général argentin, appelé le « Libertador » ?
Il est considéré comme une figure héroïque de l’Argentine, du Pérou et du Chili qu’il libère du joug de l’Espagne, d’où son surnom de « Libertador ». Malgré ses victoires, il renonce au pouvoir et s’exile en Europe à partir de 1824. Quand la Révolution de 1848 éclate en France, il quitte Paris pour rejoindre l’Angleterre en passant par Boulogne. Mais finalement, il ne passera pas la Manche et restera dans la ville qui l’a séduit. Il occupera une maison de la Grande Rue, qui de nos jours est connu comme la Casa San Martin. Ses funérailles auront lieu dans l’église Saint-Nicolas. Son corps quittera cette chapelle de la basilique en 1861. Sa fille organise le transfert dans l’Essonne où elle réside. Un dernier voyage est organisé pour le corps du général en 1880. Il repose désormais dans la cathédrale de Buenos Aires, où son monument est gardé jour et nuit par les grenadiers du régiment qu’il avait créé.
Sa maison a été le siège du consulat de la République d’Argentine jusqu’en 1968, avant de devenir un musée qui lui est dédié.

Après cette chapelle, le circuit reprend l’histoire de l’édifice religieux. On nous rappelle un peu l’histoire de l’évêché, créé après la destruction de la ville de Thérouanne, qui était le siège du diocèse jusqu’en 1553. Charles Quint découpe l’ancien diocèse en trois nouvelles circonscriptions : Boulogne, Saint-Omer et Ypres. C’est à ce moment que Notre-Dame de Boulogne est élevée au rang de cathédrale. Les bâtiments abbatiaux sont à leur tour transformés en palais épiscopal et une reconstruction aura lieu à partir de 1727.
1791, c’est l’année de la fermeture de la cathédrale au culte et la suppression du diocèse. Huit des douze évêques sont inhumés sous la cathédrale. Les restes mortels de trois d’entre eux sont conservés dans la crypte mais aucun des tombeaux ne sont arrivés jusqu’à nous.
Avec le Concordat de 1817, il y a un espoir pour que l’évêché soit rétabli mais en vain… et la fin de la construction de l’édifice par l’abbé Haffreingue ne le permettra pas non plus.


Elle a déjà été évoqué plusieurs fois, il est temps de parler de la Vierge Nautonière de Boulogne-sur-Mer.
La statue est associée à un miracle, voici lequel. La statue de la Vierge à l’Enfant, portée dans une barque conduite par des anges, a abordé le rivage en 636. Dans le même temps, elle apparaît aux habitants de la ville haute, elle leur révèle l’existence d’un trésor pour aider à la construction d’une église.
C’est cette statue qui va attirer la ferveur des pèlerins du Moyen Âge avant de connaître des difficultés. Les Anglais vont l’enlever au 16e siècle, elle sera jetée dans un puits par les Huguenots avant de disparaître définitivement sur le bûcher de la Révolution en 1793.
Seul un fragment qui a échappé provenant d’une des mains, gardé dans un reliquaire, est parvenu jusqu’à nous. Nous connaissons l’iconographie de la statue uniquement par le biais des répliques. La statue réalisée (en 1803) par le sculpteur audomarois Gras rompt avec la tradition, il la représente debout dans la barque. Pour la chapelle de la Vierge qui est reconstruite en 1840, une commande pour une nouvelle statue est effectuée (elle va aussi disparaître !) et sera remplacée par l’actuelle statue. Les séries de couronnes qui sont exposées dans la crypte font parties de celles qui appartenaient à ces différentes statues disparues. Notons que les plus grandes couronnes copient celle que Godefroy de Bouillon avait offerte à la Vierge de Boulogne.


La crypte accueille, depuis 1980, un dépôt d’art sacré, extension du trésor d’Arras. Il est principalement constitué de pièces d’orfèvrerie et de sculptures provenant des paroisses de Boulogne et des environs.
Même si vous n’êtes pas croyant, ni pratiquant, je vous invite tout de même à admirer ces petits bijoux d’orfèvrerie qui témoignent d’un savoir-faire. Deux pièces de la collection retiennent l’attention : le reliquaire du Saint Sang, attribué à l’orfèvre parisien Guillaume Julien et peut être offert par Philippe le Bel en 1308. La deuxième pièce est l’ostensoir du 17e siècle, réalisé par l’orfèvre anversois Thomas Lissau, et qui témoigne du développement de l’adoration de l’Hostie impulsé par la Contre-Réforme.






Revenons un peu sur la crypte romane qui a été découverte en 1828 lors du creusement des fondations de la nouvelle église. Lors de la restauration du 19e siècle, les colonnes seront peintes avec un motif de chevrons, motif que nous pouvons encore observer sur certaines d’entre elles de nos jours. Les fresques sur les murs ont pour thème principal l’histoire de Notre-Dame de Boulogne marquent la fin de la décoration en 1860.
Pendant les époques carolingienne (8e – 9e siècles) et romane (9e – 11e siècles), les cryptes sont fréquentes dans les édifices religieux. La fonction de la crypte ? C’est le lieu de repos pour les sépultures et elle se situe sous le chœur de l’église.
Certains chapiteaux qui sont arrivés jusqu’à nous font partie des plus anciens exemples romans du nord de la France. Ils sont sculptés soit avec des éléments végétaux, des animaux ou encore des scènes comportant des personnages.


En plus de la crypte romane, la basilique en possède une autre sous l’emplacement du dôme. Pour rappel, elle sert de fondation pour la rotonde. Un couloir en forme d’anneau et de plusieurs rangées d’arcades, qui a été obstrué en 1930 face aux risques d’effondrement du dôme (ossature en béton armé).
Le programme décoratif est dédié à la Vierge Marie ainsi qu’aux douze évêques de Boulogne. Malheureusement, ces fresques ne sont plus visibles depuis la mise en place des renforts en béton armé. Le monument qui est situé au milieu de la pièce n’a été installé que dans les années 1870. Il est composé de quatre anges portant le cénotaphe (= monument funéraire vide, sans corps) dédié à la Dormition de la Vierge (=mort de Marie. Le terme de dormition est utilisé pour désigner une mort non violente dans le vocabulaire chrétien).







Derrière la crypte du dôme, se trouve la crypte absidiale. Elle est située à l’emplacement de l’ancienne chapelle de la Vierge datant du 14e siècle. A l’entrée, se trouve le tombeau de l’abbé Haffreingue, bâtisseur du lieu. Il est accompagné par deux autre tombeaux modernes de deux prélats du 20e siècle : les évêques Monseigneur Lobbedey (pendant la Première Guerre mondiale, l’épiscopat arrageois prend ses quartiers à Boulogne et c’est dans la ville que décède l’évêque) et Monseigneur Lejeune.



Une dernière partie de la crypte est visible, il s’agit de celle datant de la période gothique, qui a été découverte en 1838. Les éléments en béton qui ont été ajouté au 19e siècle, ont modifié le volume initial. Les fresques qui ornaient les murs figurent des arcatures surmontées de cadres avec des personnages. Un a été identifié comme étant saint Paul. Ayant été bien conservé lors de sa mise au jour, ce matif a été restauré et recopié sur les autres parois.

La fin de la visite de la crypte permet d’évoquer la présence du camp antique de la Classis Britannica (flotte de l’armée romaine) grâce aux fouilles qui ont été réalisées dans les années 1970, sur l’enclos de l’évêché. Ces fouilles révèlent que la partie nord-ouest de la ville fortifiée était occupée par les casernes. C’est ainsi probablement le cas de ce qui a été mis au jour ici, dans la salle nord de la crypte. Les fouilles réalisées en 2012 permettent de mettre en avant le plan en quadrillage très régulier du camp qui serait contemporain de la conquête de la Bretagne par l’empereur Claude mais également la présence de logements d’officiers.

Et terminons l’article avec une vue de la dernière salle où sont visibles d’autres fresques (les dernières promis 😊)

Voici le lien vers le site de la crypte de Boulogne-sur-Mer afin d’avoir le maximum d’informations pour préparer votre venue :
https://crypte.ville-boulogne-sur-mer.fr/fr/
Et un autre lien pour ceux qui souhaitent en savoir un peu plus sur la Casa San Martin qui se trouve à proximité de la ville haute :
Avant de quitter l’édifice, pensez à aller jeter un œil sous la coupole du dôme qui vient d’être restaurée. Elle en vaut le détour !
A bientôt pour de nouvelles découvertes ! 😊