Le cri d’un artiste

Cette fois-ci, direction le musée de la Piscine à Roubaix pour aller découvrir une nouvelle facette de l’artiste Marc Chagall. Une belle découverte de mon côté 😊 Certes je connaissais le plafond de l’opéra Garnier à Paris et son style, mais au final c’est un artiste que je connais très mal. C’est aussi pour cela que j’aime aller déambuler dans les musées et les expositions temporaires afin de sortir de ma zone de confort et continuer à découvrir et apprécier les nouvelles choses.

Je vais reprendre les mots du texte d’introduction à l’exposition, qui permettent de présenter rapidement l’artiste.

« Au fil d’une vie traversée par deux guerres et un exil, Marc Chagall (1887-1985) est à l’origine d’une œuvre puissamment ancrée dans l’histoire du 20e siècle. Figure du déplacement et de la migration, à l’instar de celles présentes dans son œuvre, l’artiste sillonne le monde au gré des tourments de son siècle, de son enfance en Russie à la France, de ses séjours en Allemagne à ceux en Palestine et en Pologne, des Etats-Unis au Mexique, avant de s’installer en Méditerranée.

Son art, empreint d’un profond humanisme, nourri par ses racines juives et par les expériences vécues, se fait le messager d’un engagement sans faille pour l’homme et ses droits, pour l’égalité et la tolérance entre les êtres.

Porté par un grand cri de liberté, il confronte l’œil aux guerres affrontées et aux combats artistiques menés, retraçant les conflits et événements majeurs du 20e siècle. Transcendés par la force poétique et l’imaginaire, ses œuvres et ses écrits témoignent avec force de ses convictions politiques, de ses engagements humanistes qui s’expriment via une symbolique spécifique, parfois avec un sens aigu de la dérision et de l’humour ancrés dans sa culture juive.

Crayon et pinceau deviennent des armes de paix pour le peintre, reflétant les luttes d’un 20e siècle « forgé par le feu », dont les « mots et [les] échos s’agrippent dans les airs et se pétrifient, chairs ensanglantées sur les draps des neiges ». Dessins et peintures révèlent ainsi l’idéalisme sans condition du « peintre témoin de [son] temps », sa foi inébranlable en l’harmonie et la paix universelle entre les hommes, créant des regards et des dialogues croisés sur l’histoire en train de s’écrire. »

L’œuvre qui ouvre l’exposition a été commandée pour le foyer du théâtre de Francfort mettant en scène la société contemporaine sous la forme d’une piste de cirque. Les artistes représentent une Europe en reconstruction à laquelle participe Marc Chagall en acceptant cette commande, représentant un acte fort et un pas en avant vers la réconciliation avec l’Allemagne (1959).

Au centre de l’œuvre, vous pouvez apercevoir un coq rouge à l’œil grand ouvert, qui est d’ailleurs le seul à regarder le spectateur et à l’interpeller. Il est chargé de symbolique pour l’artiste : lucidité et clairvoyance. Il est accompagné d’une figure zoomorphe jouant du violoncelle.

Ce tableau qui par ses couleurs chatoyantes laissent penser à un univers positif est en réalité un monde composé de symboles et d’une dimension tragique, associant le rire et les larmes.

Le cirque itinérant est familier à Chagall qui en a rencontrés pendant sa jeunesse en Russie. Ce thème fait son apparition dans son œuvre dès les années 1910. Voici comment il appréhende le cirque : « Le crique est la représentation qui [lui] semble le plus tragique. A travers ces siècles, c’est le cri le plus aigu dans la recherche de l’amusement et de la joie de l’homme ». Ce thème est devenu un fil conducteur dans sa création et devient la métaphore des changements politiques et sociétaux. Il exprime également une ambivalence de l’univers féerique ravagé par la guerre, où la destruction et les génocides dévoilent le sombre « carnaval « de l’humanité.

Ce que je trouve intéressant et qui revient à plusieurs moments de l’exposition, c’est que les études préparatoires sont associées à l’œuvre finale, comme c’est le cas ici. Les études et les dessins préparatoires sont, je trouve, un moyen d’entrer dans le processus de création de l’artiste, de découvrir son coup de crayon, ses émotions, les changements qu’il opère au fur et à mesure du travail. En résumé, d’entrer au cœur de l’œuvre.

Un autre thème récurrent dans l’œuvre de Marc Chagall, c’est le genre de l’autoportrait. Le premier qu’il réalise pose les bases, en 1907, d’une pratique qui va peut évoluer au fil des années. Ce genre pictural lui permet de créer, de composer son identité en utilisant toujours la symbolique et les métaphores qui échappent à la marque du temps. Il se représente toujours jeune et ajoute des attributs et des accessoires permettant au papier, à la toile de devenir un jeu de rôle permanent. C’est une identité plurielle qui nous est présentée sous tous les aspects du peintre : peintre au double profil, peintre à la palette, au travail devant son chevalet.

Même dans ce genre, nous pouvons y retrouver le thème circassien qui lui est cher, par le biais des costumes et des masques. C’est l’équivalent de la quête intérieure et métaphysique.

Il n’utilise pas uniquement la représentation humaine mais également la représentation végétale, zoomorphe. Ainsi, nous pouvons retrouver Marc Chagall sous la forme d’un coq, d’un âne, d’un bouc ou d’une chèvre ou sous la forme d’un bouquet de fleurs ou encore en arbre de Jessé. Ces représentations peuvent être réalisées de manière autonome ou bien être intégrées à des compositions à l’iconographie plutôt ambitieuse. Elles sont glissées dans les recoins de toile et deviennent des clins d’œil, nous rappelant que l’artiste veille, qu’il regarde autour de lui tout en prenant part aux actions historiques et politiques de son temps.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Marc Chagall se voit contraint de rester en Russie, à Vitebsk. Il va être confronté aux désastres de la guerre, aux adieux tragiques ou encore aux blessés de guerre. Toutes ces scènes vont apparaître ponctuellement dans son œuvre en 1914 et 1915.

Ces œuvres sont dessinées à l’encre de Chine ou peintes. Elles sont empreintes d’une dimension documentaire, parfois presque cinématographique. Elles nous donnent également l’impression d’avoir été réalisées sur le vif.

Quelques mots sur une de mes œuvres coup de cœur, intitulée La Maison bleue (1920). J’ai été tout de suite happée par les couleurs du tableau et plus particulièrement ce bleu de la maison au premier plan. C’est ensuite le paysage en arrière-plan qui a attiré mon attention, ces formes colorées et les toitures des bâtiments de la ville de Vitebsk qui se découpent sur le ciel. Mais comme toute œuvre, une deuxième lecture est présente, passant au-delà de l’esthétique.

La maison bleue est un double de Chagall, elle représente le point d’ancrage et un marqueur identitaire fort après son retour en Russie en 1914. Elle devient le centre de la composition, mettant l’artiste au centre de son art, sur sa terre natale qui va l’accompagner tout au long de sa vie d’artiste.

Ce tableau est réalisé pendant la période dite parisienne de l’artiste, où le vocabulaire artistique issu du cubisme, du futurisme ainsi que la symbolique des couleurs sont particulièrement visibles.

Cette œuvre a un parcours particulier comme un certain nombre d’autres. Elle est entré dans les collections de la Kunsthalle de Mannheim avant d’être vendu le 30 juin 1939 lors de la vente « d’Art dégénéré » opérée par le régime nazi. Sur les quatre-vingt-cinq lots d’œuvres, seize rejoignent la Belgique, dont neuf achetés par la ville de Liège dont La Maison bleue fait partie. La présence de Marc Chagall dans cette vente prouve que son style est singulier. Sa liberté d’expression, son attachement à son pays natal, sa culture juive, son style empreint des courants du début du 20e siècle vont à l’encontre de l’art officiel qui est autorisé par le régime nazi, comme tant d’autres artistes.

« Seul est mien

Le pays qui se trouve dans mon âme

J’y entre sans passeport

Comme chez moi » (Poème écrit par Marc Chagall en 1940)

Ce pays qui se trouve dans son âme, n’est autre que la Russie. Pays qui ne le quittera jamais malgré ses différents exils et migrations tout au long de sa vie.

Dans son œuvre seront visibles la ville de Vitebsk, où il vécut ses jeunes années, reconnaissables à ses clochers et dômes des églises, du shtet, des collines enneigées, des bords de la rivière Dvina. En plus de ces éléments qui deviennent incontournables dans son œuvre, il ajoute des figures familiales ainsi que des personnages de la vie populaire paysanne, constitutifs de son univers. Ces références restituent le passé dans les événements présents, qu’ils soient historiques ou politiques. Après son retour en Russie, en 1914, il espère ne pas y rester longtemps mais la déclaration de guerre va en décider autrement.

March Chagall s’intéresse aux tendances artistiques et deviendra membre et délégué de l’Union de la jeunesse avant d’être nommé, en août 1918, commissaire des Beaux-arts de la région de Vitebsk. Il conçoit les décors pour la célébration du premier anniversaire de la révolution d’Octobre, avant de se consacrer à la création d’une Ecole populaire d’art et d’un musée. A près avoir été éloigné de ce projet, il va se consacrer à l’enseignement à destination de la colonie juive d’orphelins de guerre de Malakhovka (banlieue de Moscou), prolongeant ainsi son engagement éducatif et pédagogiques pendant l’année 1921.

Avec les années 1920, il y a renouveau de la littérature et de la poésie yiddish, une montée moderniste est rendue possible par la révolution d’Octobre, qui continue à faire du yiddish une langue vivante et révolutionnaire. Langue maternelle de Marc Chagall, la langue yiddish porte en lui la fougue de toute une génération d’artistes juifs. En novembre 1920, il est appelé à travailler au Théâtre national juif de chambre de Moscou (GOSEKT) par Alexis Granowsky. Il réalise alors les décors et les costumes de la première représentation à Moscou, qui était composée de trois pièces de Sholem Aleichem (Les Agents, Le Mensonge et Mazeitov). Il réalise aussi les sept panneaux décoratifs pour salle du théâtre, baptisée « la petite boîte de Chagall »

Nous évoquions des motifs et des personnages récurrents au long des années dans l’œuvre de Marc Chagall, allez-vous retrouver ces motifs dans l’œuvre suivante ?

Très vite, Marc Chagall pressent le ressentiment envers les Juifs et à travers ce portrait de rabbin en noir et blanc, il veut rappeler la voix essentielle et primordiale de la culture hébraïque. Avec cette figure imposante il veut nous alerter sur le danger de l’oubli de cette culture. Une première version de ce portrait voit le jour en 1914, à un moment où le droit des Juifs ont été particulièrement contesté à cause d’un antisémitisme croissant. Cette version reste en Russie lorsqu’il quitte le pays en 1922 et réalise la deuxième version, en France en 1923.

En 1926, l’éditeur Ambroise Vollard commande à Marc Chagall des illustrations pour une nouvelle édition des Fables de La Fontaine. Avec cette commande, il va se confronter à un terriotire visuel inconnu que sont les campagnes et les villages éloignés de Paris, cela lui permet de découvrir un pays dans lequel il souhaite s’installer de manière durable.

Face à la montée de l’antisémitisme en France et en Europe, un climat artistique et politique contrasté n’annoncent rien de bon, Marc Chagall dit : « les temps ne sont pas prophétique… le Mal règne ». Dans ce contexte sombre, il réalise une série de portraits de prophètes. L’artiste considère que seul l’écrivain Franz Kafka pressent également les dangers encourus, il perçoit dans les œuvres littéraires une réponse similaire dans ses peintures : « [Kafka], mon confrère, le seul qui par la suite m’a donné la main et que je peux considérer comme mon frère […] le successeur direct de Jérémie et d’Ezéchiel ».  Les œuvres de Chagall de cette époque reflètent ce danger, la perte du sens des réalités et des repères quotidiens qui sont enclenchés par la violence de la Première Guerre mondiale et de l’antisémitisme, dont l’artiste est lui-même victime.

« Mon peuple, tu es sans larmes

Ni la nuée ni l’étoile ne nous guident plus

Il est mort, notre Moïse, il s’enfonce dans les sables                   

Il a donné, repris la terre promise

Les derniers prophètes sont muets

Ils sont enroués de crier pour vous

On n’entend plus le bruit de leurs paroles

Qui ont coulé de leur bouche comme un fleuve ». (Sans larmes, Marc Chagall, 1930-1940)

Le fondateur et maire de Tel-Avi, Meir Dizengoff, invite Marc Chagall à venir en Palestine avec sa famille de février à avril 1931. La terre de ses ancêtres va devenir une grande source d’inspiration au-delà de ses espérances, devenant un choix visuel et sensoriel : « Jérusalem ? Dans cette ville, on a l’impression qu’on est parvenu au terme du voyage. J’ai senti dans ces ruelles étroites, où circulent des chèvres, des Arabes, dans les ruelles où des Juifs rouges, bleus et verts vont maintenant vers le Mur des Lamentations, que le Christ marchait ici il y a peu, ici on ressent que le judaïsme et le christianisme ne forment qu’une seule et même famille. »

Chagall peint des paysages et des intérieurs de synagogues de Tel-Aviv et Safed.  Il va mettre au cœur de son travail des illustrations de la Bible. Les gouaches pour les eaux fortes de la Bible, qui ont été commandées par Ambroise Vollard, portent en elles le voyage en Palestine, sa lumière, ses couleurs, ses racines et sa mémoire. En 1939, Ambroise Vollard décède, mais l’ouvrage avec les 105 eaux fortes sera publié par Tériade en 1956.

Le Rabbin fait partie des œuvres brûlées pendant l’autodafé en 1933 à Mannheim et Marcg Chagall est exposé dans l’exposition Art dégénéré (Entartete Kunst) à Munich en 1937. La menace est réelle pour l’artiste. Dans un premier temps, il ne souhaite pas quitter la France, sa terre d’accueil où les libertés ont été idéalisées. Mais les nouvelles venant de l’Est (persécutions, exécutions) lui font reconsidérer sa position.

Après deux refus de naturalisation de l’administration française, il sera naturalisé en 1937, mais il fait l’objet d’une procédure de dénaturalisation, qui statue en octobre 1940 : « israélite russe, naturalisation sans intérêt national » qui abouti au retrait de sa nationalité française le 29 mai 1943. A Gordes, où il trouve refuge avec sa famille, il écrit : « A bas les juifs : inscriptions sur les portes de ma maison et autour et partout dans le haut du bourg. De juifs dans le bourg, il y en a deux – moi et ma femme ! […] Les Français ont édicté aussi leurs « lois juives ». Malheur à moi, j’ai honte de les lire. C’est cette même France. Dois-je rester ici ? Ou fuir de honte et de douleur et de moi-même ? »

Il entame les démarches pour son immigration vers les Etats-Unis lorsque le régime de Vichy décrète un nouveau statut interdisant tout droit aux Juifs en France. Après la rafle effectuée à Marseille, à l’hôtel Moderne, Chagall sera relâché grâce à l’intervention de Varian Fry et décide de quiter la France. Le journaliste l’aide et le fait embarquer à Marseille, direction Lisbonne pour New York. Pendant ce long voyage, il s’exprime sur le sort de ceux qui restent sur le continent européen : « L’eau à perte de vue, les vagues, et le léger scintillement de l’horizon marin […] Depuis le pont, il me semble voir au loin les rabbins et leurs familles conduits aux camps. Mais dans l’air, on n’entend pas les soupirs de ceux qui sont traînés vers les fours ».

En 1941, l’Emergency Rescue Committee se mobilise pour sauver l’artiste. Alfred Barr, directeur du Museum of Modern Art de New York, envoie une invitation officielle à Chagall pour qu’il amène toutes ses œuvres sur le continent américain en vue d’une exposition.

Le passeport français, les documents pour le retrait de la nationalité française, et la lettre officielle du directeur Barr sont exposés dans une des vitrines.

« Les ai-je tous connus ? Ai-je visité

Leur atelier ? Contemplé, de près

Ou de loin, leurs tableaux

Et maintenant je sors de moi, de mes années

Je vais à leur tombe inconnue

Ils m’appellent. Ils m’invitent

Moi l’innocent, le coupable, à leur fosse

Ils me demandent : où étais-tu

J’ai fui

Eux, on les a jetés aux bains de la mort

Ils ont goûté de leur sueur

Alors ils ont entrevu la lumière

De tous les tableaux non finis

Ils ont compté les années non vécues

Attendues, mises de côté

Pour accomplir leurs rêves

Les nuits non dormies, trop dormies

Ils ont cherché dans leur tête

Le coin d’enfance

Où la lune entourée d’étoiles

Prédisait leur clair avenir

Le jeune amour dans une chambre sombre

Fruit ciselé, baigné de lait, couvert de fleurs

Leur promettant un paradis

Les mains de leur mère, ses yeux

Les ont accompagnés

A la gloire lointaine

Je les vois : ils se traînent maintenant en loques

Pieds nus sur des chemins muets

Frère d’Israël, de Pissaro et de Modigliani

Nos frères tirés à la longe

Par les fils de Dürer et d’Holbein

Vers la mort dans les fours

Comment puis-je, comment pleurer mes larmes

Depuis longtemps, mes yeux

On les a desséchés au sel

Desséchés à la raillerie

Pour que je perde le dernier espoir

Comment puis-je pleurer

Quand tous le sjours j’entands

Qu’on arrache le splanches de mon toit

Quand je suis fatigué de mener ma guerre

Pour ce morceau de terre ou je me tiens

Où plus tard on me couchera.

Je vois les flammes, je sens la fumée

Monter vers les nuages bleus et les noircir

Je vois les cheveux arrachés et les dents

Ils jettent sur moi des couleurs enragées

Je suis débout au désert devant un tas de bottes

De vêtements-cendre et fumier-

Et je murmure

La prière des défunts

Comme je suis ainsi debout

Du fond de mes tableaux, David

Avec la harpe descend

Il veut m’aider à pleurer

A chanter quelques psaumes

Et après lui c’est Moïse, disant

N’ayez plus peur

Il vous ordonne de rester tranquilles

Jusqu’à ce qu’il grave de nouvelles Tables

Pour un monde nouveau

La dernière étincelle s’efface

Le dernier corsp a disparu

Le silence se fait

Comme avant un nouveau déluge

Je me lève, je prends congé de vous

Je marche vers le nouveau Temple

Et là-bas j’allume un cierge

Devant votre tableau » (Aux artistes martyrs, Marc Chagall, 1950)

Marc Chagall s’installe à New York, au 4 East 74th Street et accueille des amis en exil et de nouvelles connaissances. Il s’engage dans de nombreuses organisations juives avec sa femme et devient selon les mots de Soloman Mikhoels, un « artiste antifasciste ».

En mars 1942, s’ouvre à New York une exposition regroupant les 14 artistes réfugiés dans la ville dont Chagall. Il va travailler sur les décors et les costumes du ballet Aleko, pour le ballet Théâtre, dont la première représentation a lieu en septembre 1942.

Conscient de la tragédie se déroulant sur le continent européen, Marc Chagall peint de grandes crucifixions représentant le martyre du peuple juif, des scènes de pogroms. Si la peinture dénonce l’horreur de la guerre, les scènes d’exode représentées font échos aux exils et aux déportations.

Au lendemain de la guerre, il est dévasté par la perte de sa femme et par les conséquences de la guerre. Il décide de sortir du silence en écrivant des récits et des poèmes dans sa langue natale. En 1945, il signe l’écrit intitulé La punition aux Allemands. Texte dans lequel il s’exprime sur les camps de la mort et incrimine les responsables du massacre :  « J’ai jeté un coup d’œil sur deux photos dans un journal allemand, qui montrent l’horreur de Majdanek : un four à chaux avec des cendres et des ossements humains, et l’autre : un amas de chaussures. Si j’en avais la force, j’aurais peint deux autres tableaux : d’abord la glissade fatale de l’Allemagne partant des œuvres de ses grands artistes comme Cranach et Dürer pour aboutir aux « tableaux » actuels dus au peintre en bâtiment Hitler : ensuite le désert de l’âme allemande, envahi par les mauvaises herbes, mouillées de sang, et où ne poussera jamais aucun sentiment vivace et palpitant en faveur de l’art ni de la vie »

« Nous autres artistes juifs, nous poussons aujourd’hui comme du gazon, même un joli gazon, mais qui pousserait dans un cimetière ». (Marc Chagall à propos des disparus)

L’année 1948, marque le retour de Marc Chagall en France et il s’installe à Orgeval puis en Méditerranée. Il travaille sur des projets de grande ampleur pour des édifices religieux et des salles de spectacle autour du thème de la paix.

Comme l’atteste sa correspondance échangée avec Ben Gourion (fondateur de l’Etats d’Israël le 14 mai 1948), Chagall apporte un soutien indéfectible au peuple juif,, défendant son droit au pays. Il resserre son lien avec le pays avec la réalisation de vitraux illustrant les douze tribus d’Israël pour la nouvelle synagogue de l’hôpital Hadassah en 1962. Il créé aussi les tapisseries et les mosaïques pour la Knesset à Jérusalem en 1967.

En 1959, il réalise des illustrations pour le journal d’Anne Franck, publié par l’Alliance israélite universelle.

Prenant ses pinceaux pour participer à le reconstruction, il se fait le messager d’une paix à retrouver et à protéger.

Dans les années 1950, Marc Chagall passe d’une technique à l’autre (sculpture, céramique, vitrail, tapisserie, mosaïque) pour nourrir sa peinture et les projets de vitraux monumentaux.

L’exposition de termine avec un autre de mes coups de cœur, qui est cette représentation de la chute d’Icare. Il y a le tableau final ainsi que les dessins préparatoires. Un mythe intéressant qui traverse les époques car au final vouloir trop se rapprocher du soleil finira toujours par nous brûler les ailes. Je trouve ce mythe très contemporain avec cette recherche constante de montée sur l’échelle sociale par tous les moyens.

Voilà le petit tour de l’exposition sur Marc Chagall au musée de La Piscine.

Vous pouvez admirer les tableaux jsuqu’au 7 janvier 2024.

Voici le lien vers le site de La Piscine : https://www.roubaix-lapiscine.com/pratique/tarifs-et-horaires/

A très vite pour de nouvelles découvertes ! 😊

Une réflexion sur “Le cri d’un artiste

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