Les coulisses d’un musée

L’exposition actuellement proposée au Musée Sandelin à Saint-Omer a pris le parti de montrer ce qui est d’ordinaire invisible aux yeux des publics : le récolement des collections. Il s’agit de faire correspondre l’inventaire et les collections présentes dans les réserves. C’est un travail de longue haleine, qui doit être réalisé environ tous les dix ans. L’objectif est ainsi de vous montrer comment celui-ci se déroule et ce qu’il permet de réaliser au sein des collections muséales 😊

Avec le récolement des collections qui est obligatoire depuis la loi musée (2002), cela a permis au niveau national de se rendre compte qu’il y avait des œuvres manquantes. Soit parce que l’œuvre a été mal localisée, soit parce qu’elle a été volée. Ce processus est ainsi une première étape pour localiser correctement toutes les œuvres et éviter à nouveau des erreurs. En plus de la localisation des œuvres, il permet également de faire des recherches afin de mieux connaître les collections : leur provenance, leur état, nécessité de réaliser une restauration ou non, … tout se travail permet de mettre en lumière ces collections par le biais de l’accrochage permanent qui opère des roulements dans certaines structures (Focus sur les collections japonaises au musée Sandelin par exemple) ou par le biais des expositions temporaires.

Concernant le musée, il existe le registre qui a référencé les œuvres. C’est un outil que les collègues utilisent au quotidien même si d’autres outils ont depuis fait leur apparition.

Quels sont les grandes étapes du récolement ? Le rangement et le dépoussiérage, la prise de photographie, la collecte des données et le stockage dans les réserves.

Les musées de Saint-Omer (Sandelin et Dupuis) ont commencé leur récolement en 2013. Celui du musée Sandelin vient de se terminer en 2025 et celui de Dupuis le sera dans quelques années. Il reste à récoler les collections de minéralogie, paléontologie et conchyliogie.

Dans la première salle, le visiteur va découvrir les différents outils et moyens que possède le musée. Il y a le grand registre (créé en 1831 par la Société d’Agriculture de l’arrondissement de Saint-Omer) qui a été en usage jusqu’à la guerre. Puis, deux registres, plus courts mais mieux remplis ont été mis en circulation.

Dans le même temps, les fiches cartonnées ont doublé ces registres. Elles permettaient une facilitation dans la gestion des informations. A noter, certaines fiches mettent en avant des œuvres qui n’étaient pas présentes sur les registres ou alors qui avaient une provenance inconnue.

Le dernier grand changement dans le récolement est l’arrivée de l’informatique. La création d’une base de données permet de réunir la totalité des œuvres et des données les concernant. A ce jour, 31 000 notices ont été réalisées pour les collections audomaroises.

Le récolement est un travail sur le long terme et sa progression dépend également du niveau d’informations associées aux œuvres (perte du numéro d’inventaire, doublons, enregistrement groupé d’objets et non pas à la pièce, l’oubli de certaines collections, dépôts d’autres institutions mal renseignés…)

Au début, la gestion est associative et souhaite donner un aperçu sur l’ensemble des objets présents dans les collections qui se tournent vers les sciences et l’ethnologie. L’archéologie locale va rapidement s’intégrer aux collections déjà existantes. S’agissant de bénévoles jusqu’en 1929, la gestion de ces collections est inégale en fonction des périodes.

En 1891, est publié le premier inventaire des collections et à l’époque il ne concerne que la collection de zoologie ! Ensuite, la collection des oiseaux fera l’objet d’un inventaire séparé en 1921.

Le premier conservateur rémunéré par la ville, Jules Joëts, a comme première action de réaliser l’inventaire des collections du musée Dupuis. Résultat étonnant puisque cet inventaire ne comptera que les tableaux et les gravures. Oubliés les meubles, les céramiques et les collections d’histoire naturelle !

La prochaine étape de l’histoire des musées de Saint-Omer arrive avec le successeur de Jules Joëts, Simone Guillaume, qui prend la décision de séparer les collections en les réorganisant comme suit : toutes les productions humaines au musée Sandelin et l’histoire naturelle à Dupuis.

Désormais, l’inventaire est numérique, mais il a demandé un gros travail de transfert des données manuscrites sur la base de données en y incluant les photographies.

Les réserves extérieures du musée seront livrées en 2005, un après la réouverture du musée. L’objectif premier est de faire vivre les collections du musée qui sont présentées dans les salles, ce qui met en pause pendant quelques années le récolement des collections.

Dans cette première salle, l’équipe du musée vous propose de vous mettre à la place des collègues pour le récolement. Une vitrine est à votre disposition pour retrouver l’objet en fonction de la description qui en est donnée sur les registres ou fiches cartonnées. Vous avez aussi un ordinateur à votre disposition pour naviguer dans le logiciel utilisé et comprendre comment le récolement est mis en place avec cette base de données. Laissez-vous tenter !

Le récolement, c’est l’occasion de faire des découvertes parce que tous les recoins sont recensés. Ce fut le cas pour les lambris de l’intendance d’Artois. Ces derniers n’avaient encore jamais été inventoriés avant le présent récolement, notamment dû à un accès difficile de l’endroit où ils étaient stockés. Ces lambris avaient été démontés dans les années 1970 avant d’être en partie remontés dans les salons de céramiques du musée (premier étage). La disposition originale a été modifiée étant donné que la dimension des pièces n’était pas identiques. Les deux portes et le trumeau de cheminée n’ont ainsi pas trouvé leur place… mais vous pouvez les découvrir pendant cette exposition 😊

Engager le récolement, c’est la possibilité de participer à de nombreux projets de recherches au niveau international. L’institut national d’histoire de l’art pilote des recensements qui ont permis au musée de répertorier les collections de peintures italiennes, germaniques ainsi que précolombiennes.

Dans la vitrine sont ainsi exposés des figurines réputées venir du Pérou.  C’est grâce à une étude nationale dirigée par le Musée de Pau que les objets ont pu être étudiés. Et d’ailleurs, ces figurines ne sont pas péruviennes mais mexicas (autre nom pour les aztèques). Culture qui s’était étendue autour de sa capitale Tenochtitlàn (actuelle Mexico) au 13e siècle pour englober au 15e siècle une bonne partie de l’Amérique centrale avant de s’effondrer avec l’arrivée des conquistadors espagnols.

Malgré l’étude, aucune trace dans l’inventaire et donc la provenance et le moyen d’acquisition restent inconnu. Cela demande une enquête plus poussée. To be continued 😉

Le musée a participé à d’autres programmes de recherches :

  • Les ivoires médiévaux avec le Courtauld Institut à Londres
  • Briques de fondation royales élamites avec l’université de Lille
  • Le fonds de pipes Fiolet a été intégralement inventorié grâce au musée de la pipe d’Amsterdam, et cela afin de les intégrer à leur base de données.

Les compétences internes sont aussi prises en compte lors de différents contrats ou stage :

  • Un stagiaire a réalisé en quelques mois l’inventaire de l’art africain subsaharien
  • Un stagiaire qui avait travaillé sur les collections élamites du Louvre a pu identifier des céramiques appartenant à cette culture, et qui étaient jusqu’alors mélangées avec les autres poteries.
  • Traduction des légendes latines et grecques de 3 000 monnaies et médailles
  • Identifier les sujets des œuvres japonaises
  • Approfondir la biographie de la médailleuse Ernesta Robert-Mérignac. Saviez-vous que les Jeux Olympiques avait une catégorie sculpture en 1924 ? Eh bien, notre médailleuse, passionnée d’escrime a concouru dans cette catégorie (existant entre 1912 et 1949). Elle est particulièrement connue pour sa série sur les coiffes de France, entreprise à partie de 1901 et enrichie chaque année d’une nouvelle coiffe. Avec cette étude, Ernesta Robert-Mérignac retrouve une place de choix parmi les artistes audomarois exposés au sein du musée.

Toutes les œuvres qui ont pu être découvertes, identifiées pendant ce récolement ne peuvent pas toutes être exposées parce qu’elles ont besoin d’un soin pour retrouver leur beauté d’origine. Le récolement est ainsi l’occasion de dresser une liste de ces œuvres qui devront passer entre les mains de restaurateurs (liste qui court sur plusieurs années et qui court jusqu’en 2045 au moins).  Il a aussi permis de lancer une mission de sauvetage des peintures japonaises, qui étaient en très mauvais état. Le paravent exposé est le dernier qui sera restauré et clôturera cette mission de sauvetage. Juste devant les œuvres japonaises, une vidéo est mise à disposition pour que vous puissiez découvrir les coulisses de cette restauration dans l’atelier de la restauratrice.

Le récolement permet par la même occasion de se rendre compte de la disparition de certaines œuvres qui peuvent être retrouvées par la suite comme le montre les objets qui sont exposés dans les deux vitrines consacrées au sujet.

Par le plus grand des hasards, un amateur de céramiques a reconnu deux céramiques présentes chez un particulier. Après une perquisition, c’est une soixantaine d’œuvres qui ont été identifiées. Elles ont pu être récupérées. L’enquête est encore en cours.

Avec le retour de ces pièces, c’est la possibilité de retrouver un ensemble au complet auquel il manquait une ou deux pièces.

Les réseaux sociaux ont ainsi permis de retrouver des épées médiévales manquantes.

Le futur nous permettra peut-être de faire encore des découvertes …

Une fois le récolement terminé, que se passe-t-il ? On recommence ! Car celui-ci doit être effectué tous les dix ans. Et en fonction du temps qui peut être accordé aux collections pendant ce processus, des recherches peuvent être effectuées afin d’en connaitre encore plus sur le sujet, d’affiner les informations déjà acquises en fonction des personnes présentes à ce moment-là et de leurs spécialités. Il faut aussi reprendre les marquages, refaire des photographies, socler… Par exemple, un des objectifs pour le prochain sera d’intégrer les collections d’archéologie locale.

L’équipe du musée va pouvoir ainsi continuer le récolement des collections du musée Dupuis grâce à un inventaire de 1889 qui est assez fourni en détails même si les identifications ne vont pas être facile excepté pour le mobilier. Pour le reste des collections, l’inventaire permet de cerner les grands ensembles (faïences, vitraux, poteries mérovingiennes, petits objets chinois ainsi que les ensembles d’histoire naturelle). Les tableaux, quant à eux, peuvent être identifiables grâce à l’inventaire réalisé par Jules Joëts. Toutes ces informations réunies a donner une envie très forte de réaliser une reconstitution numérique du bâtiment à la mort du collectionneur Henri Dupuis en 1889. Reconstitution que vous pouvez découvrir à la toute fin de l’exposition.

Et voilà ! J’espère que l’article vous donne envie d’aller pousser les portes du musée Sandelin pour y découvrir cette exposition, visible jusqu’au 29 mars 2026.

Pour préparer votre venue, voici le lien vers le site du musée : https://www.musees-saint-omer.fr/informations-pratiques/

A très vite pour d’autres découvertes !

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