Le musée Sandelin a décidé de mettre en avant non pas l’œuvre en elle-même mais le matériau qui la constitue. L’exposition a été le moyen de comprendre pourquoi un matériau plus qu’un autre a été choisi pour réaliser une œuvre d’art en fonction de sa vocation, de sa provenance et la symbolique que l’artiste souhaitait lui donner.
Je suis un peu en retard dans l’écriture de l’article parce que l’exposition a eu lieu en 2024 mais le contenu peut servir à tous pour mieux comprendre ce qui nous entoure. Je vous emmène ainsi dans un voyage sur les matériaux
Une question qui traverse l’esprit en s’interrogeant sur les matériaux est : est ce que l’artiste est un artiste ou un artisan ?
Parce qu’en effet, en fonction du matériau utilisé, il y a des techniques à appréhender pour le travailler. Vous n’allez pas travailler de la même manière l’argile et le bois ou encore le métal.
Cette notion de différence entre l’art et l’artisanat s’affirme pendant le Renaissance. Les artistes évoquaient le fait qu’ils créaient des objets et qu’ils ne reproduisaient pas uniquement des formes comme le faisaient les artisans. Mais en même temps cette différence est très fine parce que certains matériaux impliquent un savoir faire technique et arts, c’est le cas de la céramique par exemple.


La première notion qui était abordée dans l’exposition est le choix du matériau pour réaliser son œuvre.
Deux possibilités : choisir un matériau local qui permet de s’approvisionner plus facilement et d’avoir un coût moins élevé. Ou deuxième option : s’approvisionner ailleurs et choisir le matériau en fonction de sa texture, de sa couleur, de sa qualité, etc…
Une question de budget mais aussi de spécificité. Parce en fonction de l’utilisation finale de l’œuvre, le matériau est important car une sculpture qui va être en extérieur ne va pas demander les mêmes spécificités qu’une qui sera dans une église, dans une maison. La texture est aussi à prendre en compte : le bois, l’argile, la pierre et autres matériaux ne vont pas donner le même rendu. Et certains d’entre eux peuvent avoir plusieurs utilisations comme l’argile.
L’un des premiers matériaux qui a été utilisé par les hommes est l’argile. Celui-ci nous permet un travail de la terre et de produire des céramiques pour un usage domestique ou en tant qu’objet d’art.
« La céramique vient du mot “keramos” qui signifie argile. C’est, avec le verre et l’émail, l’une des composantes des “arts du feu”, car l’intervention du feu modifie la matière de façon irréversible. La céramique se décompose en quatre grandes familles : la poterie, la faïence, le grès et la porcelaine. » (Extrait du site internet du musée national Adrien Dubouché à Limoges)
Pour devenir incollable et savoir faire la différence entre la poterie, la faïence et la porcelaine, suivez le lien suivant : https://www.musee-adriendubouche.fr/la-ceramique/
Pour connaître toutes les étapes de fabrication, je vous invite à suivre le lien suivant ; https://www.musee-adriendubouche.fr/les-techniques-de-fabrication/

Avec les années, les techniques de fabrication ainsi que les décors évoluent et permettent une complexification et de nouveaux modèles pour les acheteurs et collectionneurs.
La céramique a pu être utilisé pour plusieurs usages : pour l’alimentation (conserver, consommer et cuisiner), pour la construction et la décoration (carreaux de faïence, carreau en terre cuite)
Lien pour découvrir comment le carreau de faïence est réalisé : https://bit.ly/3Sexk7a



Le matériau peut également être différent en fonction de qui est le commanditaire et quelle est la finalité de l’œuvre mais surtout en fonction du budget. Ainsi une statue peut être en céramique, en bois, en métal (cuivre, or, argent…). Cela se remarque notamment avec la représentation de la Vierge Marie qui est à la fois présente dans toutes les couches sociales.
Un élément important qui est pris en compte par les artistes se sont les propriétés du matériaux qui vont influer sur la réalisation de l’œuvre.
Voici quelques exemples :
- Ivoire : il provient des défenses de certains animaux, c’est-à-dire de dents à croissance continue, l’ivoire a une structure en strates. Les objets sculptés prennent la forme de la dent, qui est creuse à l’intérieur. Avantages : couleur blanche laiteuse, la surface est brillante et une grande précision des détails. Défauts : les dimensions dépendent de la taille de la défense.
- Bois :
- Chêne : ce bois est utilisé couramment pour la sculpture dans le nord de l’Europe, où il pousse abondamment. Avantages : une bonne conservation, grâce au tanin qui repoussent les insectes et une bonne résistance aux conditions climatiques extrêmes. Défauts : le grain est épais et les fibres dures, ce qui limite la précision de la sculpture.
- Poirier : un bois de la famille des fruitiers, il est utilisé en sculpture mais aussi pour l’ébénisterie et la lutherie. Avantages : le grain est fin et homogène, permettant une bonne précision de la sculpture. L’aspect de la surface est lisse et brillant (après polissage et pose d’un apprêt). De teinte naturelle jaune orangé, il peut être noirci pour imiter l’ébène. Défaut : il ne permet pas de sculpter de grandes pièces.
- Buis : c’est un bois dur, issu d’un arbuste ou petit arbre à croissance très lente. Avantages : une précision dans les détails grâce à un grain très fin. La taille est indifférente au fil du bois et la teinte jaune, souvent foncée par la pose d’un apprêt. Défaut : le travail est long
- Albâtre : il est réputé pour sa translucidité, il se décline en de nombreuses variétés aux noms poétiques : albâtre “en écailles de tortue”, “à nuage” ou en encore cotognino, c’est-à-dire “couleur de coing”. Avantages : son aspect laiteux et veiné évoque naturellement la chair. Le grain très fin permet une grande précision dans la sculpture et un polissage poussé et la taille est aisée, en raison de sa tendreté. Défauts : il est sensible à l’humidité et ne peut pas être employé en extérieur.
- Plâtre : il peut aisément être mis en forme et décoré, le plâtre a souvent été utilisé comme un substitut à des matériaux plus prestigieux. Avantages : le coût est faible, il s’agit d’un matériau recyclé car on réemploi d’anciens blocs calcaires pour le produire. La mise en forme se fait par moulage, permettant de produire l’objet en plusieurs exemplaires et il est peu sensible aux incendies. Défauts : il ne permet que des formes simplifiées, du fait de la mise en forme par moulage et il y a une mauvaise conservation en atmosphère humide.
- Laiton : il est courant en orfèvrerie, parce que c’est un alliage de cuivre et d’étain. Avantages : son aspect est brillant avec un éclat métallique. Sa mise en forme se réalise par coulage ou par martelage, la technique économise le matériau, Défauts : le coût est relativement élevé et les ressources en étain sont inégales selon les régions.
- Faïence : le matériau est composite, elle est constituée d’une forme en argile sur laquelle est apposée une glaçure opaque blanche, support d’un décor coloré. Avantages : sa mise en forme se réalise par moulage ou modelage. La reproduction est possible en de nombreux exemplaires à partir du moule. Il y a une variété du décor qui est fait d’oxydes métalliques appliqués au pinceau. Défauts : il y a un risque de déformation ou d’explosion à la cuisson, ce qui limite la taille des pièces.






Un matériau pour plusieurs utilisations mais c’est aussi la possibilité d’apprendre un savoir faire pour maîtriser le matériau en question, comme le verre ou le métal.
Le verre fait aujourd’hui partie de notre quotidien mais cela ne fut pas le cas par le passé. Il était d’ailleurs considéré comme un luxe. Comparé à l’or dans la Bible, on lui attribue une origine mythique. Des marchands phéniciens auraient découvert ce matériau en allumant un grand feu, faisant fondre les algues avec le support de la marmite pour donner une matière translucide. Malgré son invraisemblance, cette légende révèle l’origine proche-orientale du verre et l’importance d’un ingrédient appelé « fondant ». Les premiers objets de verre apparus au 3e millénaire avt. JC., en Egypte et en Mésopotamie, sont des perles et de petits récipients moulés. La mise en forme sur noyau 2000 ans plus tard, les artisans phéniciens inventent la mise en forme sur noyau, qui permet de produire des vases de forme fermée. Au 1er siècle avt. JC., l’invention du soufflage est une révolution. La masse de verre, placée au bout d’un tuyau rigide appelé canne, est déformée par l’air expiré par le souffleur à l’autre extrémité de la canne. Le soufflage à l’intérieur d’un moule Le soufflage à l’intérieur d’un moule, inventé peu de temps plus tard, ajoute aux courbes souples des vases soufflés une gamme immense de formes droites et régulières. Les décors se développent également, en relief ou constitués de verres de différentes couleurs, assemblés dans l’épaisseur même de l’objet.
Utilisé depuis ses origines pour la parure, le verre connaît un grand succès sous la forme de perles, voyageant à travers la Méditerranée jusqu’aux confins de l’Europe occidentale. A l’époque mérovingienne (6e-8e siècles), les perles conservent la méthode romaine du verre étiré. Le verre roulé l’emporte au 6e siècle : on fabrique chaque perle individuellement, en ajoutant progressivement des éléments en verre de couleurs différentes, soudés par chauffage au chalumeau. Le décor ainsi obtenu gagne en complexité comme en finesse.

Les techniques antiques, oubliées pendant le Haut Moyen Age, sont redécouvertes au 15e siècle à Venise. Les verriers, installés sur l’île de Murano, mettent au point un verre à la finesse et à la transparence inégalées, appelé cristallo. Les décors sont formés d’étroits filets blancs ou colorés ou d’ajouts de verre en relief. Cette vaisselle de luxe prend place sur toutes les tables royales ou princières d’Europe.

L’industrie, en s’emparant de la fabrication du verre, permet sa production en quantité pour un prix dérisoire, notamment grâce à la technique du pressé-moulé, mise au point aux Etats-Unis et importée en Europe vers 1840. Il s’agit de la première étape vers les procédés semi-automatiques de fabrication des objets creux. Vers 1880, le verre opalescent fait son apparition : son aspect translucide est obtenu par l’ajout de divers éléments chimiques. La mise au point des rubans de verre favorise la diffusion du verre plat (utilisé notamment pour le vitrage), menant dans les années 50 à la création du verre flotté ou “float-glass” : grâce à une couche inférieure d’étain d’une planéité parfaite, le verre ne nécessite aucun polissage.
Les avancées technologiques servent aussi le domaine artistique où le courant de l’Art Nouveau s’empare de la technique des couches de verres superposées de différentes couleurs puis taillées ou gravées pour enrichir l’éventail décoratif. Le verre prend place dans le quotidien, tour à tour vitrage, contenant alimentaire, luminaire, objet de décoration.

Une partie de l’exposition était consacré au métal, techniques et croyances à travers les pays.
Sa maîtrise dès le 2e millénaire avt. JC. en Afrique centrale a donné naissance à de nombreuses légendes comme l’invention de la métallurgie par le premier roi. Les cérémonies d’intronisation sont souvent rythmées de marteaux qui s’entrechoquent, sans doute pour renforcer le monarque.
Les armes en fer jouent un rôle primordial en Afrique centrale : initialement liées à la guerre, elles sont devenues des pièces de prestige. Leur valeur pécuniaire est forte, au point qu’il existe une « monnaie de fer » en forme de lingots, d’armes ou d’outils. Elle sert de valeur de référence pour des échanges codifiés (compensations matrimoniales, rançons de prisonniers de guerre, achat de denrées précieuses). Ces armes étant purement symboliques, elles sont dépourvues de tranchant. Le fer possède aussi des caractéristiques sonores, qui sont exploitées à travers des objets utilitaires ou symbolique : clochettes de chiens de chasse, parures sonores, cloches doubles frappées à l’aide d’un bâton en bois, etc. Maîtriser les tonalités nécessite une grande expérience du forgeage, raison pour laquelle les cloches peuvent aussi constituer des objets de prestige, détenues par les chefs ou les guerriers.
En Europe, le fer est également à la base de l’activité agricole et urbaine. Apparu au début du Ier millénaire avant notre ère, sa mise en forme progresse essentiellement à partir du Moyen Âge avec un fer mieux carboné, des outils parfois automatisés grâce à la force motrice de l’eau (marteaux et soufflets) et la diffusion lente des hauts-fourneaux, dont la température plus élevée est un préalable à l’obtention de l’acier.
Le travail du fer, nous en avons l’image avec les forgerons du Moyen Âge fabriquant les épées des combattants. Mais les techniques de fabrication d’épée employées au Moyen Âge, ne nous sont pas toutes parvenues. A travers un projet d’archéologie expérimentale autour de la réalisation d’une réplique d’épée du 13e siècle, le musée Sandelin (l’épée est désormais visible dans les collections permanentes) et les forgerons de l’atelier Thibaud, ont tenté de retrouver ces savoir-faire (tout leur travail sur l’épée est présentée sur une tablette au musée).
Voici le lien vers le site des forgerons d’épées, basé à Carcassonne : https://www.atelierthibaud.com/


La suite de l’exposition était consacrée aux matériaux considérés comme luxueux. En effet, en fonction du commanditaire et de son souhait, un matériau était préféré à un autre. La symbolique entre aussi en compte notamment pour les œuvres asiatiques présentées. Une symbolique peut évoluer en fonction du pays où l’objet est réalisé, c’est le cas pour les couleurs (le blanc pour un deuil en Asie par exemple, alors qu’en Europe c’est le noir) et le matériau en lui-même.

Fluctuante selon les lieux et les temps, la hiérarchie des matériaux ordonne les matières sur une échelle de valeur. Si le diamant passe aujourd’hui pour la pierre la plus précieuse qui soit, son attrait ne s’est révélé que tardivement, avec le développement de la taille des pierres en facettes, au 14e siècle. Les traces de ces hiérarchies sont toujours présentes, non seulement dans le prix actuel des matériaux, mais aussi dans les métaux choisis pour les médailles sportives, les noms attribués aux anniversaires de mariage, etc…
L’éclat des couleurs et des métaux donne vie aux œuvres. Avant le développement des pigments de synthèse au 19e siècle, conférer une couleur à un matériau n’a rien d’anodin. Si l’exemple et les matières premières s’en trouvent dans la nature, l’artiste doit s’adonner à de multiples expérimentations pour obtenir les teintes souhaitées. Les recettes se transmettent au sein des ateliers, tandis que d’autres s’inventent, vers une extension toujours plus vaste de la gamme chromatique. Cette science des couleurs rapproche les artistes des alchimistes, qui manient des matériaux comparables.
L’émail a notamment été mis à l’honneur dans cette section de l’exposition. Mais qu’est-ce que l’émail ?
Inventé dans l’Antiquité, l’émail connaît un essor sans précédent à l’époque médiévale, par une succession d’innovations techniques. Le point commun à toutes ces techniques est la pose de verre coloré, qui constitue l’émail à proprement parler, sur une surface métallique (généralement en or ou en cuivre, parfois en argent). L’émail est composé de verre réduit en poudre et d’un oxyde métallique, qui le colore. L’oxyde de cobalt donne du bleu, un mélange d’oxyde d’étain et de cuivre produit du rouge, le cadmium est utilisé pour le jaune, etc.
Deux difficultés surgissent toutefois : la pose, puis la cuisson. Les méthodes de pose distinguent les diverses techniques de l’émail : émail cloisonné, champlevé, émail translucide sur basse-taille, émail sur ronde-bosse, émail peint. Il faut en effet éviter que toutes les poudres colorées ne se trouvent mêlées à la surface de l’objet. Au terme de nombreuses étapes, les émailleurs les plus habiles parviennent en revanche à obtenir de subtils dégradés.
La cuisson constitue une deuxième difficulté : il s’agit d’assurer la fusion complète de la poudre d’émail, tout en conservant la couleur des oxydes métalliques. Celle-ci s’altère en effet à une température trop élevée, variable selon les oxydes : ceci impose d’effectuer plusieurs cuissons successives, à des températures de plus en plus faibles, préservant les couleurs les plus sensibles


Pou découvrir un peu la technique de l’émail, je vous invite à lire l’article que j’avais réalisé suite à la participation à un atelier avec un artisan d’art : https://danslespasdececile.blog/2024/05/30/emaillez-vous/
La prochaine vitrine était un véritable régal pour les yeux (enfin surtout pour les miens 😉) : elle était consacrée aux arts asiatiques, dépôt du musée des Beaux-Arts d’Arras, avec la Chine en guest-star aux côtés des pierres fines utilisées et sublimées par les artistes.
La pierre dure est un matériau particulièrement apprécié pour ses couleurs variées (jade), ses nombreux reflets (améthyste), ou encore sa transparence (quartz, cristal), une fois cette dernière taillée et finement polie. Sa forte densité met l’artiste au défi, rendant son travail extrêmement complexe et minutieux pour obtenir un résultat parfaitement lisse, permettant de refléter la lumière. De grands gisements de jade en Chine ou de lapis-lazuli dans l’Oural, expliquent le développement important de ce type de sculptures en Asie dès la Préhistoire. La pierre la plus dure à tailler est le jade ; seule une patience infinie à l’aide de forets perçant des trous cylindriques permet de le tailler.
La Chine connaît un intérêt très développé pour les pierres en général. Les pierres aux formes torturées évoquant des montagnes miniatures ou dont les textures sont appréciées pour elles-mêmes sont très en faveur, quelle que soit leur nature. De simples pierres calcaires peuvent devenir de véritables œuvres de la nature pour peu que leur forme soit jugée intéressante.
Les pierres dites semi-précieuses ont un usage différent. Elles servent à toute une série d’objets de très grand luxe : symboles de pouvoirs, parures, vases sacrés, sculptures ou simples ornements. Dans le cadre des tenues très codifiées en usage à la cour impériale, certaines dynasties ont imposé l’usage de certaines pierres pour certains ornements de coiffe ou de ceintures, selon le rang du porteur.

Le terme de jade regroupe deux minéraux que la science distingue : la jadéite et la néphrite. La première est plus dure et était importée de Birmanie. La seconde est plus répandue et provenait principalement des confins occidentaux de la Chine (le Khotan). Leur couleur va du vert très pâle, presque blanc, au vert très foncé. La translucidité du matériau, sa grande solidité, sa difficulté à être travaillé, uniquement avec un foret et, bien sûr, sa relative rareté ont probablement beaucoup contribué à son usage, que ce soit pour les disques qui symbolisaient l’autorité des rois des premières dynasties, ou les petites sculptures décoratives des 18e et 19e siècles. Cette pierre occupe une place à part dans la culture chinoise qui l’a âprement recherchée à toutes les époques de son histoire.
Les sculptures de jade reprennent souvent des sujets religieux, magiques ou de bon augure, comme les animaux fantastiques, le champignon d’immortalité lingzhi ou les pêches d’immortalité, supposées pousser dans le jardin de la grande divinité connue comme la Reine-mère de l’Ouest.


La famille des quartz offre une grande variété de couleurs et de textures. La structure du minéral reste la même, seule la couleur change. La version parfaitement transparente, le cristal de roche est une des plus prisées. Plus rare que le jade, il est plus difficile à tailler du fait de ses craquelures, qui risquent de faire éclater la pièce. On le connaît sous de nombreux noms en chinois comme glace craquelée ou écume de mer. Il peut aussi prendre un aspect noir transparent ; c’est le quartz fumé.
La cornaline est relativement opaque et se reconnaît à sa teinte orangée, même si elle peut présenter une bichromie, comme on le voit sur la statuette d’immortelle présentée ici. On trouve même de la cornaline à dominante blanche, comme sur les coupes présentées ici.
L’améthyste prend des tons violets, souvent mêles de parties parfaitement transparentes et incolores.
L’agate désigne des pierres striées aux couleurs très variées, où le bleu est souvent très présent.






L’ambre vient des végétaux. La Chine la fit longtemps venir d’Europe du Nord grâce aux routes de la soie. Par la suite, elle fut remplacée par de l’ambre de Birmanie. Elle est nommée par les chinois âme de tigre, car « quand un tigre meurt, son âme pénètre la terre et devient pierre ». Les Chinois lui associent donc les qualités attribuées au tigre : force, santé, etc. Le lapis lazuli bleu vif vient de la lointaine Asie centrale, d’Afghanistan, et transitait par la route des caravanes traversant le grand désert du Taklamakan. Il est particulièrement apprécié des bouddhistes pour sa couleur.
Tout comme une partie des armes métalliques nous avaient emmenés en Afrique, les vitrines suivantes nous emmenaient également en voyage à travers le monde. Ce qui nous permet de comprendre que la valeur d’un matériau peut être différente d’un pays à l’autre.
Certains matériaux sont associés à une carrière spécifique, privilégiée par les artistes pour sa qualité, comme le marbre de Carrare. La nature est ainsi exploitée au profit de l’art mais cette appropriation ne se fait pas sans contrepartie : l’origine naturelle des matériaux leur confère une connotation et des symboliques qui influent sur leur usage. Le bois, qui naît, croît et meurt, est par exemple réputé comme un matériau vivant et, pour cette raison, préféré au fer dans la pensée chrétienne médiévale
La nature représente pour l’artiste à la fois une inspiratrice et un fournisseur de matière première. La curiosité pour la nature sous tous ses matériaux semble profondément ancrée chez l’homme : la première collection dont nous ayons trace serait un ensemble de roches remarquables par leur couleur, rassemblé au Paléolithique moyen dans la grotte d’Arcy-sur-Cure ! Cette fascination s’illustre encore dans les cabinets de curiosité, où prennent place œuvres de l’art et œuvres de la nature. Les matériaux sont classifiés : organiques ou inorganiques ; d’origine minérale, végétale ou animale ; de structure cristalline ou amorphe, etc. A travers l’art, l’homme s’approprie son milieu : il récolte, transforme, réutilise les éléments de son environnement. L’importance relative du matériau d’origine et du geste de l’artiste varie mais toujours dans cette appropriation s’affirme le pouvoir créateur de l’homme.
J’ai particulièrement été interpellé par une partie des objets qui étaient présentés dans la vitrine : les calebasses.
Presque inconnue en Europe, la calebasse est un fruit, et un matériau, très répandu en Afrique, en Asie et en Amérique centrale et méridionale. Poussant même dans les régions arides, elle paraît de fait symboliquement associée à l’eau. La chair est consommée comme légume, tandis que l’extérieur, une fois séché, sert à la fabrication de récipients, d’instruments de musique, de jouets et d’éléments de décor et de parure. En dépit de la finesse inhérente au matériau, les techniques de décor sont variées : gravure, pyrogravure, sculpture en champlevé, peinture.


L’exemple de la noix de coco manifeste à la fois l’opportunisme dans le choix du matériau et l’adaptabilité humaine dans sa relation avec l’environnement. Ces noix de coco, sculptées ou gravées, montées dans un cerne de métal ou laissées au naturel du fruit, proviennent des quatre coins du monde. Ce matériau a d’abord suscité, aux 15e et 16e siècles, la curiosité des Européens, qui ont conçu des montures somptueuses pour les noix rapportées d’expéditions lointaines. Dans les régions où pousse le cocotier, les noix de coco ont servi de support à la fabrication de contenants variés, souvent ornés. Les trois cavités naturelles de la noix la rendent particulièrement apte à évoquer un visage, caractéristique bien exploitée par les artistes.
Les œufs constituent un matériau artistique relativement rare. Ils sont néanmoins utilisés dans de nombreuses cultures, à travers lesquelles ils revêtent des significations remarquablement homogènes. Le terme japonais « tamago » signifie d’ailleurs conjointement « œuf » et « immature ». L’œuf représente un potentiel vivant, ce qui explique les dons d’œufs au moment de festivités associées au renouveau.
La nacre, sécrétée par certaines variétés de coquillages, tapisse l’intérieur de la coquille. Sa structure – identique à celle des perles – lui confère un aspect irisé, dont les reflets varient du vert au violet. L’usage de la nacre est attesté dès l’Antiquité mais perd en importance en Europe au Moyen Age, alors que les techniques d’incrustation classiques perdurent dans le monde islamique. C’est probablement sous l’influence des arts orientaux que l’incrustation de nacre renaît à Venise au 14e siècle, puis s’y épanouit au 15e siècle, avec l’invention de la marqueterie. Au siècle suivant, la nacre prend une place de premier plan dans la confection des pièces de tabletterie. Elle s’impose par ailleurs dans le costume, sous forme de boutons. Sa préciosité et ses effets irisés la destinent aussi à l’art religieux, dans lequel elle symbolise le renouveau et donc la Résurrection. Elle est également associée à la maternité et donc, à la figure de la Vierge.

L’ivoire est issu des défenses, dents à croissance continue que possèdent plusieurs animaux, terrestres ou marins : le mammouth, l’éléphant et l’hippopotame mais aussi le sanglier, le morse, le cachalot, le narval et le dugong. Sa teinte laiteuse et sa dureté ont assuré son succès, en dépit des contraintes liées à la forme des défenses, généralement courbes et creuses. Les différents types d’ivoire varient en qualité, les défenses d’éléphant étant généralement préférées en raison de leur blancheur et de leur grande taille. Les problématiques d’approvisionnement jouent cependant un rôle essentiel dans l’usage d’un type d’ivoire ou d’un autre : ainsi en va-t-il de l’ivoire de morse, s’imposant en Europe à partir du 9e siècle, alors que l’ivoire d’éléphant se fait rare. Vers 1400, le marché européen se retourne vers l’éléphant d’Afrique, faisant péricliter le commerce nordique de l’ivoire de morse. L’ivoire de narval, beaucoup plus rare, a quant à lui été collectionné comme une curiosité, sa défense unique et torsadée étant associée au mythe de la licorne.

Moins précieux mais impressionnants, les cornes et les bois de cerf sont fréquemment mis à profit pour la fabrication d’ustensiles liés à la chasse ou à la guerre. Au 16e siècle, la généralisation des armes à feu portatives fait de la poire à poudre un accessoire indispensable car, la cartouche n’ayant pas encore été inventée, il faut pouvoir doser avec justesse la poudre. De nombreuses poires à poudre sont réalisées dans des bois de cerf, matériau choisi en raison de son appartenance à l’univers de la chasse. Certaines pourraient avoir été conçues à partir du bois d’un animal chassé par le propriétaire même de l’objet. Les poires à poudre en corne témoignent, quant à elle, d’une fabrication par l’utilisateur. Peu coûteuses, les cornes sont quasiment utilisées à l’état brut, le décor gravé représentant le seul investissement conséquent. La corne contient d’ailleurs imparfaitement la poudre car elle est sensible à l’humidité et tend à se fendiller. Sa translucidité permet en revanche d’observer de l’extérieur le niveau de poudre

La symbolique peut découler de plusieurs de leurs propriétés, notamment la couleur, la forme ou encore la provenance géographique. La référence symbolique apparaît plus ou moins consciente selon les matériaux et les contextes et il s’avère difficile d’en évaluer l’importance a posteriori, alors que certaines significations ont disparu. A l’inverse, la charge symbolique de certaines matières est telle qu’elle explique à elle seule leur usage et leur valeur.
Quelques matériaux permettent d’investir l’objet d’un pouvoir spécifique, afin qu’il agisse sur notre monde – ou sur l’autre. De l’amulette personnelle aux sculptures contenant les ancêtres ou les saints, les matériaux jouent un rôle primordial dans l’activation des objets.
En Polynésie, les cheveux et les poils sont un symbole de vigueur masculine car, supposés continuer à pousser après la mort, ils contiendraient le fluide vital. De nombreuses pratiques et divers objets découlent de cette conception, à commencer par l’attention portée à ses propres cheveux, qu’il ne faut pas disperser, sous peine qu’ils ne tombent dans de mauvaises mains. A l’issue d’une période de deuil, les chevelures et les barbes des parents du défunt sont rasés pour composer un masque. D’anciens ennemis peuvent également marquer leur réconciliation en se rasant mutuellement. Ces deux ornements, faites de cheveux humains et de bourre de coco, étaient quant à eux portés aux bras ou aux jambes, soit à l’occasion de danses ou de parades, soit pour le combat.

La symbolique associée aux pierres varie d’une région à l’autre du monde, de même que la manière de les catégoriser. La couleur est souvent la propriété la plus déterminante : ainsi le terme chinois yù désigne-t-il toutes les pierres dures vertes et blanches et pas seulement le jade au sens géologique du terme. De façon similaire, les pierres rouges sont couramment associées à la vitalité et à la féminité, peut-être en raison d’une analogie avec la couleur du sang menstruel. Dans la Mésopotamie antique, une femme enceinte attend un “petit lapis-lazuli” ou une “petite cornaline” : serait-ce à l’origine de l’opposition bleu pour les garçons, rose pour les filles ?
Liées à la vie, des vertus protectrices sont parfois attribuées aux pierres rouges : le corail est utilisé en Europe pour préserver les nouveau-nés des maladies infantiles. Les ornements touaregs, appelés tanfuk, évoquent quant à eux le soleil levant, dont la pointe rouge émerge à l’horizon. Marquant la relation à l’espace, ils étaient autrefois portés par les hommes mais ont été intégrés à la parure féminine au cours du 20e siècle et se rapportent désormais à la ville d’origine de leur porteur.

Et si l’objet s’animait, rendu vivant par le matériau ? Aux quatre coins du monde, certains artefacts sont un peu plus que des objets… Dans les îles Salomon, l’éclat iridescent de la nacre, contrastant avec le bois sombre, est attribuée à une origine extra-humaine. Les interférences lumineuses produites par la nacre, comme par la peau des bonites ou les rayons du soleil à l’aube ou au crépuscule, manifesteraient ainsi la présence des esprits.
En Afrique centrale, certaines statuettes de la culture Teke possèdent une cavité ventrale, dans laquelle plusieurs matériaux sont insérés. La formule, c’est-à-dire la composition employée, assure l’efficacité de la statuette, dans un objectif médical ou magique. Parmi les pièces de ce type rapportées en Europe, nombreuses sont celles qui n’ont en réalité jamais servi et ont été fabriquées à destination des voyageurs-collecteurs.
En Europe également, certains objets sont crédités de propriétés surnaturelles en raison du matériau qu’ils contiennent. Les reliquaires enveloppent ainsi un fragment de personnage saint ou ayant été en contact avec lui. Ils sont réputés donner un accès direct au pouvoir d’intercession du saint

L’exposition se terminer avec les matériaux utilisés dans l’art de nos jours. Avec cette partie d’art contemporain, cela permet par la même occasion de confronter le présent et le passé et de noter l’évolution de la société autant dans sa pensée que des gestes.
Le rejet des techniques traditionnelles et la diminution de l’importance accordée aux savoir-faire ont pu faire croire à un déclin du matériau dans la sphère artistique contemporaine. Au cours du 20e siècle s’aiguise la conscience des limites encadrant les media traditionnels des Beaux-Arts. Pourquoi peindre à l’huile et sculpter le marbre alors qu’est offerte une gamme immense de matériaux, directement issus du quotidien ? Dès lors, les matériaux et les techniques ne marquent plus les bornes de la créativité mais ouvrent un champ immense d’expérimentation.
S’il n’est plus question d’exclure l’art de la vie, l’artiste commence lui-même à se confondre avec son œuvre. C’est ainsi que la création moderne et contemporaine, conçue comme une expérience sensible, use parfois d’un matériau très personnel : le corps.
Les artistes des 20e et 21e siècles se sont emparés de matériaux impalpables, qui n’en sont pas moins des constituants essentiels de l’expérience humaine : le temps et l’espace. Ce mouvement participe d’une logique d’extension de l’art au-delà des champs qui lui étaient autrefois réservés : l’art doit trouver sa place dans la vie quotidienne et tout élément de la vie peut devenir art.


Même si l’ecposition est finie, je trouvais intéressant de vous partager son contenu.
Voici le lien pour venir découvrir les magnifiques collections permanentes du musée et préparer votre visite sereinement : https://www.musees-saint-omer.fr/
A bientôt pour le prochain article 😊