Le Louvre Lens nous a emmené cette fois-ci dans les tréfonds de la terre. De la mythologie et de la science ainsi que de l’art sont au programme. L’exposition veut donner aux visiteurs la possibilité de découvrir les lieux qui ont été sources d’inspiration pour l’imaginaire des peintres et des auteurs. Au fil des galeries vous allez déambuler dans les souterrains de la Terre, offrant à la fois du mystique, du fantastique, du mythique et du scientifique. Mais c’est aussi ce dont nous avons peur, ce que l’on craint ou ce qui nous répugne. Ils sont aussi le révélateur de nos sociétés, incarnant tous les aspects de l’être humain et peuvent être source de fascination.
L’exposition nous permet à la fois d’être un spéléologue ou un usager du métro traversant les arts visuels, la littérature ou encore le cinéma et l’Histoire.
Êtes-vous prêts pour ce voyage ?
Let’s go to the underworlds!
“Nous allons nous enfoncer véritablement dans les entrailles du globe en pénétrant sous terre par une fente étroite pratiquée dans le massif, une faille » (Jules Vernes, Voyage au centre de la terre, 1864)


« Gouffre immense ! Le mortel qui oserait en franchir les portes, ne pourrait au bout d’une année en toucher le fond » (Hésiode, Théogonie, 8e siècle avt.J.C.)
Depuis l’Antiquité, le monde souterrain effraie par le biais de ses failles, de ses grondements ou des fumées qui en émanent et qui le plus souvent sont perçus comme les précurseurs de cataclysmes, de catastrophes.
Le Vésuve en est un bel exemple, avec son éruption qui a scellée et rayée la ville de Pompéi. Les cendres qui la recouvrent ont été à la fois redoutées et respectées. Les éléments perturbateurs sont vus comme les sentiments divins : une catastrophe équivaut à la colère d’un dieu.



« Tout cela cependant n’est que du bruit, du feu et de la fumée » (Georges-Louis Leclerc, Histoire naturelle, générale et particulière)
Les mythes concernant les mondes souterrains ont structuré l’histoire humaine. Mais durant les temps modernes, il y a un tournant scientifique et littéraire. Au 18e siècle, l’esprit encyclopédiste s’intéresse aux éruptions volcaniques, et plus spécifiquement celles du Vésuve. En étudiant la géologie, on souhaite comprendre les drames comme les tremblements de terre de Lisbonne survenu en 1755.
Au 19e siècle, on n’en reste plus seulement aux écrits et aux études de textes mais on s’aventure dans les profondeurs pour exploiter les ressources qu’offre la Terre pendant l’ère industrielle.
L’extraction minière remonte à l’Antiquité. En Mésopotamie, l’usage du goudron et du pétrole est attesté et sera systématisé par les Romains, qui recherchent des métaux. Mais c’est l’ère industrielle qui va modifier profondément les paysages et la démographie de régions entières.
Le mineur devient une figure présente dans l’œuvre des artistes en étant représenté comme un héros moderne, avec une figure athlétique, du courage, une force morale et il est comparé aux héros antiques. Telle est sa représentation à la fin du 19e et au début du 20e siècles. Il est par la même occasion celui qui surmonte la peur de descendre dans le monde souterrain dans des conditions extrêmement difficile et contribuant à l’essor industriel. Le mineur est vu tel celui qui combat la matière l’engluant tel un élément vivant.
Sur les cartes postales, les mineurs sont représentés tels des athlètes gréco-romains rhabillé à l’ère mécanique qui laisse une place aux femmes.
L’extraction de la mine se fait au péril de la vie des mineurs comme a pu nous le montrer la catastrophe de Courrières en 1906 (1 099 mineurs perdent le vie dans une inflammation de poussières de charbon)


Des réponses scientifiques arrivent petit à petit et pourtant une question subsiste : à quoi ressemble les mondes souterrains ? la Terre est-elle creuse ? est-elle remplie d’eau ? Y brûle-t-il un feu intérieur ? est-elle peuplée d’êtres vivants ?
L’humain imagine la géographie interne de la Terre, ses paysages fantastiques, les formes mystérieuses qui la peuple. Ce qui donne de nombreuses occasions aux artistes de mettre en couleurs, en mots les rêveries et les cauchemars parfois délirants.




Voici un de mes tableaux coup de cœur de l’exposition : Enée conduit par la sibylle aux Enfers attribué à Jacob Issacz Van Swanenburch.
Le sujet du tableau est issu de l’Enéide. Il représente le moment où le héros, Enée, descend aux Enfers avec la sibylle Anchise. Le tableau est découpé en deux. On commence en bas à droite, lorsqu’ils entrent dans le royaume infernal, par le biais de l’énorme bouche du dieu Orcus, qui évoque de loin une grotte. Ensuite, il embarque à gauche avec Charon pour traverser le fleuve Styx. Tout autour d’eux, nous pouvons apercevoir les âmes damnées qui sont pourchassées et torturées par les démons qui ont des allures monstrueuses, dans la digne lignée de ceux représentées par les peintres flamands Bosch et Bruegel.
Comme le plus souvent, je me perds dans les tableaux coup de cœur, et j’ai été servi avec celui-ci. Il regorge de détails plus petits les uns que les autres et se cachant dans les différents plans. Mon œil voulait pouvoir tout regarder d’un coup d’œil et en même temps aller dans les moindres recoins.










Cela fut également un plaisir de pouvoir admirer à nouveau un tableau de John Martin que j’avais découvert lors d’une précédente exposition sur le paysage au Louvre-Lens. Voici le lien vers l’article concernant cette exposition « Se fondre dans le paysage » : https://danslespasdececile.blog/2023/05/08/se-fondre-dans-le-paysage/
Artiste qui devient un coup de cœur plus je vois ces tableaux, et plusieurs sont présentés dans cette exposition. Un vrai régal pour les yeux ! 😊


John Martin est présent avec le tableau représentant les Anges déchus entrant dans le Pandémonium.


Ce tableau nous renvoie à cette sensation de chute que nous observons pendant notre sommeil. Tellement perturbante cette chute qu’elle entraîne un réveil soudain… Cette chute est présente dans de nombreuses mythologies occidentales. De l’enlèvement de Perséphone à la chute des anges rebelles, ce monde souterrain devient un univers effrayant, synonyme d’un destin funeste. « Abîme » est aussi le terme utilisé pour évoquer cette chute, ce monde souterrain. Il est dérivé du terme grec « abussos » signifiant « sans fond » : c’est un gouffre infini, un royaume obscur dans lequel nous pouvons nous y perdre une fois à l’intérieur.
L’imaginaire des artistes représentent le monde souterrain comme un monde de chaos : mers agitées, montagnes en feu, gouffres béants accompagnés de bâtiments fabuleux. Pour nourrir cet imaginaire, les artistes s’inspirent des récits mythologiques, religieux et littéraires. Deux textes ressortent régulièrement en Occident : l’Enfer de Dante et l’Enéide de Virgile.
Dante est une source d’inspiration pour les artistes évoquant les mondes souterrains et en particulier les Enfers. Avec son œuvre la Divine Comédie, poème médiéval fantastique écrit en italien au 14e siècle. Son poème est divisé en trois parties : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis. Dante parcourt les trois cercles, guidé par le poète Virgile. Pendant son voyage à travers les trois cercles, il y rencontre les différents monstres et damnés de la mythologie, de l’histoire et de la littérature. Son voyage commence aux portes des Enfers où il peut y lire l’inscription suivante : « Lasciate ogne speranza, voi ch’intrate (Laissez toute espérance, vous qui entrez). Et son voyage se termine au sommet du paradis, où il retrouve sa bien-aimée Béatrice. C’est avec elle, qu’il atteindra le dixième paradis où il pourra faire l’expérience d’avoir la vision de la Trinité divine.

Gustave Doré a notamment fait une série de gravure pour illustrer l’œuvre de Dante, et plusieurs d’entre elles sont présentées dans l’exposition. Je vous laisse les découvrir.




Le monde souterrain est le monde de toutes les peurs, des terreurs et de l’inconnu. Pour toutes ces raisons ainsi que son côté inaccessible en font le royaume de l’oubli et des châtiments. Il contient en son sein les cauchemars, l’effroi, les folies que la morale humaine ne peut concevoir dans le monde d’en haut, le monde visible.
Les gravures de Gustave Doré en sont le parfait exemple : on y retrouve tous les condamnés, détenus, hommes tourmentés et isolés des codes sociétaux. Ils sont envoyés dans ces mondes souterrains pour y recevoir leurs châtiments, leurs punitions. Tous ceux qui sont considérés comme « des aliénés » y sont envoyé afin de ne pas nuire à l’ordre établi.
Avec le temps, ces mondes souterrains deviennent une métaphore de la psychologie humaine : c’est un monde souterrain dans lequel nous pouvons nous perdre et cela n’est pas sans danger…


Le sujet représenté sur l’icône russe est rare. Il s’agit du saint Sisinios, qui a été martyrisé par l’empereur Dioclétien, invoqué en Orient pour chasser le diable. On peut repérer le saint, parce qu’il est assis sur le mont Sinaï, il tient les Evangiles et effectue le signe de bénédiction. Grâce à la prière, il aide l’archange Sihaïl à repousser les femmes nues de la grotte. Ces femmes ont été envoyé par le diable pour apporter sur Terre les sept types de fièvres malignes. Dans cette représentation, il y a la volonté de retenir captives ces femmes dans le monde souterrain parce qu’elles sont jugées néfastes pour l’équilibre du monde.

Les cavités des mondes souterrains sont aménagées avec des architectures distordues, complexes, constituant des myriades de prisons, cachots et oubliettes. C’est dans ces lieux qu’ont lieux les tortures et autres châtiments sont perpétrés.







Le monde moderne change la donne par rapport au passé. Quand le monde souterrain faisait peur, source de fantasme et de lieux complexes pouvant emprisonner les hommes ; de nos jours nous l’investissons pour travailler, circuler et y habiter. Il devient un lieu où on concilie les exigences fonctionnelles avec les aspects protecteurs, voire rituels.
Il ne faut pas oublier que les villes souterraines sont réalisées dès la Préhistoire et l’Antiquité. L’exemple de Naples peut être mis en avant, avec une ville souterraine qui serait aussi importante que celle connue en surface. Remontons le temps avec la période néolithique on des habitats sont en sous-sol : sanctuaire, ville troglodyte, espace défensif, citerne, abri agricole.




Cet usage souterrain continu jusqu’à nos jours avec des réseaux d’eau, d’assainissement, d’énergie, de transports (comme le métro)
Les villes souterraines inspirent également les fantasmes urbains que nous pouvons retrouver dans le film Metropolis, réalisé par Fritz Lang. Mais l’architecture s’empare aussi de ce concept avec des réalisations architecturales plus utopiques les unes que les autres. Les villes souterraines et leurs tréfonds sont reliés par les réseaux de métro comme à Londres, Paris, New York, Prague, Montréal ou encore Moscou. Certains chercheurs et urbanistes pensent d’ailleurs qu’est là notre avenir pour la vie urbaine.





Pourquoi ?
Parce que la pression foncière en surface est intense sans oublier le coût de l’expansion architecturale des villes.
Le climat et ses conditions extrêmes se ressentent moins sous terre comme les phénomènes sismiques. Ainsi, de nombreux projets en sous-sol voient le jour. Les premières esquisses apparaissent au début du 20e siècle. Dans ces projets, on s’abrite, on habite mais on y travaille et se déplace aussi. Mais toutes ces idées nécessitent de repenser totalement notre environnement pour réduire les effets négatifs de ces espaces confinés tout en concevant des ambiances adaptées.
« L’architecture est comme un iceberg » (Renzo Plano, discours à l’occasion de la réception du prix Pritzker, 1998)


« Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut » (La Table d’émeraude, 9e siècle d’après un original perdu du 3e siècle, traduction française du 14e siècle)
Le monde souterrain malgré tout reste synonyme de peurs…
Une des sections de l’exposition met en avant la thématique d’être enterré vivant, qui est vécu comme une des plus grosses angoisses de l’humanité. Angoisse qui n’est pas nouvelle, parce qu’elle est déjà évoquée durant l’Antiquité avec les Vestales. Elles sont les prêtresses de la déesse du foyer Vesta, et elles pouvaient être emmurées ou enterrées vivantes si elles manquaient à leurs obligations.
Cette peur peut traverser les siècles en nourrissant la croyance en certains monstres tel le vampire. Cette peur du vampire nourrit l’imaginaire et les arts. Vous avez sûrement déjà lu Dracula de Bram Stoker ou vu Nosferatu réalisé par Friederich Wilhelm Murnau. Elle devient tellement forte au 19e siècle, que le Code civil français intègre l’obligation d’intégrer un constat de décès scientifique, une autorisation d’inhumer et un délai de vingt-quatre heures pour y procéder.
Cette mort sous terre est aussi présente à cause des catastrophes naturelles ou industrielles, mais aussi par le biais des conflits armés.






Les enfers ont toujours été présents : du supplice d’Ixion aux tranchées de la Première Guerre mondiale, les enfers ne cessent de se réinventer…






Nous parlions de la mort sous terre effrayant les hommes un peu plus haut dans l’article, mais des rituels y sont associés avec les défunts qui sont rendus à la terre par le biais de l’inhumation ou de l’incinération. Ces rituels sont le moyen de retrouver une vie éternelle, voire la résurrection.
L’architecture funéraire se prépare, s’adapte en fonction de ses évolutions : nécropoles souterraines, les cryptes et les catacombes qui accueillent les sépultures. Les nécropoles, « villes des morts », sont à proximité des vivants. Les tombes des plus humbles sont simplement creusées dans la terre tandis que les plus riches érigent des monuments visibles aux yeux de tous. Les catacombes, « tombes d’en bas » sont très présentes pendant l’empire romain à partir du 2e siècle. Les plus connues sont celles de Rome, Naples ou Paris. A noter que, les catacombes de Paris dont d’anciennes carrières qui ont été réinvesties en ossuaire à la fin du 18e siècle.
« Arrête ! C’est ici l’empire de la mort » (Virgile, Enéide, inscription figurant à l’entrée des catacombes de Paris)
Le monde souterrain, ou les enfers, ont nous l’avons déjà évoqué, une géographie complexe, dans laquelle nous pouvons facilement nous y perdre. Certaines civilisations se lancent dans cette cartographie des Enfers. Pour la Grèce, Hésiode décrit le fleuve Styx. Fleuve que les morts doivent traverser en compagnie de Charon. Chez les Bouddhistes tibétains, on évoque le Bardo, qui correspond à un état entre la mort et la renaissance.
Mais cette traversée n’est pas si facile, elle est semée d’embûches qu’ils s’agissent de gardiens ou de périls. Les défis sont d’autant plus dangereux pour les mortels qui ont choisi de s’aventurer dans cet univers. Ces traversées sont appelées les catabases et nous en retrouvons régulièrement dans les récits mythologiques et religieux.





Dans les différentes cultures, les dieux associés aux mondes souterrains sont nombreux : Hadès chez les anciens Grecs, Mictlantecuhtli dans la mythologie aztèque, Satan dans la Bible. Les héros et les dieux cherchent à franchir les frontières, les portes à travers les mythes et les religions : Inanna, Orphée, le Christ.
« Quand on lutte contre des monstres, il faut prendre garde de ne pas devenir monstres soi-même. Si tu regardes longtemps dans l’abîme, l’abîme regarde aussi en toi » (Friederich Nietzsche, Par-delà le bien et le mal, 1886)
Les formes de vie sont grouillantes et effrayantes, peuplées d’hybrides. Vous avez sûrement en tête le gardien à trois têtes, Cerbère, qui protège les portes des Enfers chez les Grecs et les Romains. Quand il s’agit de monstres et de démons, ils se servent de leurs pouvoirs pour terrifier les mortels qu’ils croisent. Parmi ce bestiaire, il existe une hiérarchie, au somment nous y retrouvons les chefs illustres lorsqu’il ne s’agit pas de dieux. Les plus célèbres : Satan (prince des ténèbres), le couple formé par Hadès et Perséphone, la déesse Hécate (qui préside à la mort et est la maîtresse de la sorcellerie)





Mais en même temps, certaines créatures et divinités sont lumineuses. La fécondité et les ressources de la vie sont incarnées par la déesse primaire Terre-Mère. Ces créatures fertiles offrent un renouvellement bienveillant du cycle de la nature.



La fertilité est souvent le lien entre le monde du bas et le monde d’en haut. Plusieurs exemples sont présents dans les différentes cultures : Osiris renaissant après la mort est représenté le corps momifié recouvert de céréales. Mithra, dieu perse né de la roche, permet la vie des êtres en sacrifiant un taureau originel dans une grotte. Mais probablement, le mythe le plus connu est celui de Perséphone, qui passe la moitié de l’année dans le monde souterrain avec Hadès, et le six autres mois, elle est délivrée des Enfers pour rendre à la nature ses récoltes et sa sève tout en retrouvant sa mère, la déesse grecque Déméter.




La littérature et le cinéma s’empare de l’univers des mondes souterrains et de son bestiaire. Pourquoi ?
Parce que les mondes souterrains se situent entre les connaissances scientifiques et les croyances. Les mythes sont une source d’inspiration et qui se poursuit avec une apogée au cours du 19e siècle dans la littérature.
Jules Verne, amiénois d’origine, consacre tout cela dans l’imaginaire collectif. Mais surtout, certains genres littéraires font en faire un lieu incontournable des intrigues : le genre fantastique, celui de la science-fiction ou encore le policier.
En plus du vampire que nous avons déjà évoqué un peu plus haut dans l’article, n’oublions pas l’auteur Howard Philips Lovecraft (un de mes auteurs préférés 😊) qui perpétuent les anciens récits antiques, les hantant de créatures hybrides.
Le cinéma prend la suite aux 20e et 21e siècles, en commençant par adapter les romans avant de créer de nouveaux univers. Les auteurs et réalisateurs réalisent des univers intrigants avec un nuancer de sentiments et d’émotions qui varient en fonction de l’histoire.
Le monde souterrain permet également d’aborder les ressources de la terre, qui sont autant de connaissances scientifiques et archéologiques par le biais des fossiles, des pierres précieuses.

« Vient ensuite la terre. Seule, entre toutes les choses de la nature, elle a mérité par tous ses bienfaits qu’on lui donnât le nom sacré de mère » (Pline l’Ancien, Histoire Naturelle, 77)


Au-delà de l’exploitation de la mine, le monde souterrain fournit aussi aux hommes des trésors minéralogiques et archéologiques, qui vont être collectionnés par les élites à partir de la Renaissance. Tous ces trésors insolites ou non, sont réunis dans des pièces de mobilier qui sont appelés cabinets de curiosités ou Wunderkammer.
Pour découvrir comment le cabinet de curiosité est interprété par les artistes contemporains, je vous invite à lire l’article rédigé à propos de Hans Op de Beeck qui lors de son exposition au musée de Flandre en 2023, avait présenté son Wunderkammer Cassel « Le gris magnifié » : https://danslespasdececile.blog/2023/06/12/le-gris-magnifie/
Parmi ces collections, nous y retrouvons des fossiles, des pierres précieuses, des métaux, des ossements antiques illustrant le monde enfoui, le monde souterrain.
Les gemmes et les pierres précieuses sont transformés en bijoux ou trésors, qui éblouissent par le luxe.
Si jamais vous êtes de passage à Saint-Omer dans le Pas-de-Calais, je vous donne rendez-vous au Musée Sandelin qui a réalisé un cabinet de curiosité mêlant les collections de minéraux, d’oiseaux, d’objets insolites. Il y a de quoi rester quelques minutes pour découvrir ces trésors qui donnent une bonne idée de ce que peut être un cabinet de curiosité.











Les cabinets de curiosités que nous venons d’évoquer ne sont pas les seuls lieux où nous retrouvons les créations mystérieuses et enchanteresses. Il faut se tourner vers les grottes, qui accueillent les amours des divinités et des humains.
Cette mode des grottes se développe en simultané des cabinets de curiosités.
Les découvertes archéologiques de Rome et de Pompéi vont aussi servir de sources d’inspiration.
Les grottes peuvent être artificielles ou naturelles. Quand elles sont naturelles, elles abritent dès la Préhistoire les premières expressions artistiques donnant de magnifiques grottes ornées.
Alors que lorsqu’elles sont artificielles, elles sont accolées à des palais ou nichées dans des parcs, devenant dès la Renaissance, le privilège des nobles. Dans celles-ci, les décors rivalisent d’imagination et sont liés aux goûts des différentes époques.


Dès l’Antiquité, les grottes sont adossées aux villas romaines et deviennent les demeures des nymphes. Elles sont alors appelées les nymphées. Dès la Renaissance, cette mode se répand et des milliers de grottes artificielles voient le jour et offrent pendant plusieurs siècles de la fraicheur, du repos ou une cachette pour les princes.







Nous venons d’évoquer les nymphées et justement en voici une réalisée par l’artiste contemporaine Eva Jospin (qui m’a convaincu de venir voir l’exposition 😊)
C’est une artiste que j’ai découvert grâce à quelqu’un de ma famille vivant à Paris. Elle m’a présenté son œuvre urbaine, présente dans un petit passage couvert parisien. J’ai également franchi pour la première fois les portes du musée de la Chasse et de la Nature pour découvrir ses œuvres, toutes de carton. Pour découvrir ses œuvres, je vous laisse lire l’article rédigé à ce propos « Le carton sublimé » : https://danslespasdececile.blog/2022/05/21/le-carton-sublime/
Les inspirations principales de l’artiste sont les mystères de la nature et du vivant, entre le rêve, l’illusion, les ruines et la végétation.
Les œuvres d’Eva Jospin sont uniquement réalisées à partir de carton qu’elle sculpte et modèle.


La grotte est vraiment un lieu récurrent pour ces univers. Nous venons d’évoquer l’aspect décoratif, mais elle peut être aussi complètement à l’opposé pour accueillir les ermites, les saints ou les mystiques. Elle devient ainsi un lieu de solitude, de recueillement. C’est un lieu lié à la spiritualité.
La religion chrétienne y associe régulièrement la figure de la Vierge Marie (en particulier dans les icônes byzantines). Parce que selon certaines sources, l’Enfant Jésus serait né non pas dans une étable mais dans une grotte (à proximité de Bethléem selon saint Justin de Naplouse au 2e siècle). Sans oublier les apparitions de la Vierge dans des grottes à l’époque moderne, comme à Lourdes, qui réaffirment le lien entre Marie et les entrailles de la terre.
« Vous êtes un peu comme des astrologues à rebours. Alors que ceux-ci observent attentivement le ciel et les espaces infinis, vous vous tournez vers le sol, explorant sa nature » (Novalis, Heinrich von Ofterdingen, 1802)
Pour terminer voici une des œuvres qui m’a le plus intriguée est cette grotte moderne. Imposante de l’extérieure…

… pour se trouver face une ouverture faite dans le mur…

… par lequel il faut jeter son œil pour découvrir le propos de l’artiste!

Huang Yong Ping avec son œuvre La Caverne associe différentes traditions artistiques occidentales et orientales. Il mêle les références politiques, philosophiques et religieuses contemporaines au mythe de la caverne de Platon. Cette caverne est le symbole de l’ignorance dans lequel les personnages ne voient que des ombres représentant leur seule réalité. Ici en passant votre œil, vous y découvrirez des sculptures de bouddhas qui tournent à celles des talibans. La faible lumière présente projete des ombres de chauves-souris.
Cette œuvre mêlant bouddha set talibans me renvoie vers l’œuvre photographique présente dans la Galerie du Temps, intitulée Bâmiyân, la falaise et la grotte par le photographe Pascal Convert.


Le voyage dans les entrailles de la Terre se termine… vous avez jusqu’au 22 juillet 2024 pour l’effectuer.
Je vous laisse pour remonter à la surface et vous donne rendez-vous rapidement pour un prochain article 😉
Lien vers le site du Louvre-Lens pour préparer votre venue : https://www.louvrelens.fr/informations-pratiques/
PS : dans le crédit, j’ai mis 2023, mais nous sommes d’accord, nous sommes bien en 2024. Je m’en suis rendue compte après avoir fait les modifications sur toutes les photos, et je n’ai pas eu le courage de tout recommencer veuillez me pardonner cette étourderie
