Un article pour évoquer une période particulière de l’histoire du château de Chambord. Vous pouvez avoir accès à ces informations vers la fin de votre visite parce que l’espace est accessible depuis les terrasses du château. Mais de quelle période allons-nous parler ? Avec le titre, vous avez déjà une idée de la thématique. Retournons dans le passé et plus précisément pendant la Seconde Guerre mondiale, moment où le château a joué un rôle crucial pour le patrimoine artistique.
Le château est l’un des sites choisis (le lieu de dépôt le plus important dans le pays) pour le plan d’évacuation et de sauvegarde des œuvres d’art. Plan conçu et coordonné par la direction des Musées Nationaux. Ainsi des milliers d’œuvres (dont La Joconde ou La Dame à la licorne) sont placés sous la responsabilité quotidienne des conservateurs et des gardiens du château. Toutes les œuvres ont pu être restituées à la fin du conflit et la croix de guerre a été décernée au village de Chambord, en 1949.
« Sauver un peu de la beauté du monde » (Rose Valland, Le Front de l’Art, 1981)

Lorsque la signature du pacte germano-soviétique est annoncée le 23 août 1939, les grands musées d’Europe commencent l’évacuation de leurs œuvres. Concernant Paris, on cherche à protéger des bombardements en décrochant les œuvres dans la nuit du au 23 au 24 août avant de suivre le plan d’urgence avec l’évacuation qui démarre dès le 25 août. Le plan d’urgence avait été préparé avec beaucoup de méthode au cours des années précédentes.
L’emballage et la mise en caisse de celles-ci s’effectuent très rapidement et les premiers camions partent pour la province dès le 28 août alors que les derniers partiront courant décembre de la même année. 51 convois d’œuvres au total quittent Paris vers les onze sites choisis. Chambors devient la gare de triage de l’ensemble des œuvres en transit. Ainsi les 5 446 caisses sont passées par ici avant de partir vers leur destination finale ailleurs en France.






Dans un premier temps, le château est la gare de triage des œuvres mais il finira par devenir, à partir de 1940, un véritable lieu de dépôt avec environ 2 000 caisses qui vont rester sur place. A terme, il deviendra même le plus conséquent en ajoutant encore des caisses jusqu’en juin 1944 (un ajout de 4 000 m3 au 6 000 m3 déjà existant !)
Ainsi, une petite équipe de conservateurs issus des Musées nationaux gravite autour de Pierre Schommer, qui est responsable des collections. Sans oublier l’équipe de gardiens qui s’occupent soigneusement de toutes les caisses présentes dans le château. Les gardiens étaient en partie des anciens soldats (vétérans de la Grande Guerre pour la plupart).
Les survols aériens qui s’intensifient à partir de 1944, inquiète Pierre Schommer. D’ailleurs, la catastrophe fut évitée de peu avec le crash d’un avion américain dans les jardins le 22 juin 1944 : « fût-il tomber sur les terrasses, c’en eût été fait de Chambord » déclare-t-il le lendemain de l’incident.



Voici par exemple les pérégrinations de Mona Lisa, en photo juste au-dessus, reconnaissable avec les trois points rouge sur la boîte d’emballage.

L’armée allemande avait la liste complète des œuvres présentes, celle-ci ayant été fournit par le directeur des Musées nationaux dès juin 1940, Avec peut-être dans l’idée qu’en connaissant les contenus, les caisses seraient mieux protégées par les autorités allemandes qui attendaient la fin du conflit pour se les approprier. Mais c’est sans compter sur le comte Wolff-Metternich (directeur de la commission allemande chargée de protéger le patrimoine français, Kunstschutz) qui a été un rempart efficace à la convoitise grandissante des dignitaires nazis.
Durant l’été 1945, le Louvre ouvre partiellement, marquant ainsi qu la fin d’une longue aventure pour les conservateurs exilés aux côtés des œuvres à travers la France, dont ils avaient la charge. Quant à château de Chambord, celui-ci ouvre à nouveau ses portes au public le 13 avril 1946.



Le château a son rôle durant ce conflit mais il ne fait pas oublier les chambourdins et chambourdines qui ont aussi œuvrés dans la résistance. En 1943, elle prend plusieurs formes comme la constitution d’un réseau chargé d’organiser les parachutages autour du village. C’est aussi l’accueil des réfractaires du STO (Service du Travail Obligatoire) qui renforce les effectifs ouvriers forestiers.
Un épisode marque les habitants en août 1944, une colonne de la Wahrmacht se fraye un chemin jusqu’au château avant d’être intercepté par des maquisards. Il y a deux tués dans les rangs et le responsable estime devoir venger leurs morts. Pour cela, il brûle une partie du village et fusille quatre otages. Après enquête, aucune preuve qu’un « terroriste » a tiré sur les soldats n’est apportée. Il épargne ainsi le château et les oeuvres qi s’y trouvent.
Mis à part cet épisode, la vie quotidienne suit son cours même lors de la présence d’une garnison allemande de juin 1940 à février 1941. Les gardes forestiers surveillent le domaine et luttent contre le braconnage et le marché noir. Malgré le fait que la visite du château soit interdite à partir de septembre 1939, tous les ans autour des fêtes de Pâques, des touristes affluent espérant pouvoir entrer. En parallèle, les soldats allemands possédant un laissez-passer sont nombreux à venir découvrir les lieux et suivre une visite.

Pour terminer, quelques mots sur l’art dans l’idéologie nazie. L’un des piliers était de débarrasser les musées de ce qui était appelé « l’art dégénéré », de mettre en avant un art « idéal » et par la même occasion de confisquer les biens des Juifs. Tout cela pour obtenir un empire germanique pur. L’objectif d’Hitler était d’avoir un musée d’art idéal à Linz (en Autriche). Les collections seront constitués des œuvres provenant d’Allemagne et des pays occupés.
Le 18 juillet 1937, une exposition des chefs d’œuvre de la culture germanique ouvre dans la Maison de l’Art allemand à Munich. Et le lendemain, juste en face, ouvre une exposition sur « l’art dégénéré » visant à rééduquer le regard des Allemands.
Pour en connaître un peu plus sur le sujet, je vous invite à lire l’article concernant l’exposition sur « l’art dégénéré » qui s’est tenue au musée Picasso en 2025 : https://danslespasdececile.blog/2026/08/23/de-lart-degenere-pour-certains/
Après le conflit, le moment est venu de récupérer les œuvres spoliées.
Rose Valland, qui a tenus des inventaires clandestins au musée du Jeu de Paume, aide l’armée américaine et ses « Monuments men » à récupérer les œuvres volées par les nazis aux Juifs de France. Parmi les 60 000 retrouvées, 2 000 sont encore en attente de restitution de nos jours, faute d’identification des ayant droits. Elles ont intégré les Musées nationaux et sont régulièrement exposées au public pour faciliter les éventuelles réclamations.
Les œuvres non restituées encore de nos jours sont classées MNH, dans l’attente de retrouver le propriétaire. Ainsi, sur les cartels, vous retrouvez cette ces initiales. Vous sohaitez en savoir plus, je vous invite à lire cet article : https://www.culture.gouv.fr/nous-connaitre/organisation-du-ministere/le-secretariat-general/mission-de-recherche-et-de-restitution-des-biens-culturels-spolies-entre-1933-et-1945/les-restitutions-d-oeuvres-spoliees-entre-1933-et-1945

Et voilà, s’est terminé pour la découverte de ce nouvel espace dans le château.
A bientôt pour de nouvelles découvertes 😊
ET voici le lien vers le site du domaine nationale de Chambord afin de préparer sereinement votre visite : https://www.chambord.org/fr/
Une partie des photographies d’époque sont issues du livre « Chambord 1939-1945. Sauver un peu ded la beauté du monde ».