Je tente comme je le peux de rattraper le retard dans la rédaction des articles, et cette fois-ci il s’agit de l’exposition d’icônes venues d’Ukraine qui sont mises à l’honneur dans celui du jour. En 2022, le pays subit l’invasion de la Russie et commence ainsi une guerre qui continue encore de nos jours. En temps de guerre, les institutions culturelles font tout leur possible pour pouvoir préserver les trésors nationaux de la destruction. Ainsi le musée du Louvre et le Musée national des Arts Bohdan et Varvara Khanenko de Kyiv organisent une opération de sauvegarde d’œuvres ukrainiennes majeures. Avec le soutien de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones de conflit (Aliph), seize icônes quittent le musée ukrainien.

Quatre de ces icônes ont été présentées au Louvre-Lens. C’était l’occasion de mettre en lumière le peintre crétois Théodoros Poulakis qui combine plusieurs influences : occident et byzantine. C’était aussi la possibilité de présenter au public français le rôle des icônes et leur conception, spécifique aux chrétiens d’Orient et peu connu dans l’hexagone.
Mais qu’est-ce qu’une icône ?
Pour les chrétiens d’Orient, les icônes font partie intégrante de l’aménagement des sanctuaires et de la liturgie.
De nos jours, le terme désigne une peinture réalisée à la tempera (il s’agit de pigments liés avec de l’œuf) sur un panneau de bois préparé. Une autre caractéristique : l’emploi de l’or dans le fond. Sans oublier les auréoles des personnages sacrés et les vêtements. Mais, si nous nous mettons dans la peau d’un chrétien d’Orient, l’icône désigne toutes les images sacrées, quel que soit le support utilisé pour la représenter.
Elle est plus qu’une image, elle est une véritable présence. La représentation de la personne doit aussi représenter son essence. Elle fait ainsi partie intégrante de la liturgie et de la dévotion des fidèles.
Maintenant, découvrons les 4 icônes qui ont été présentées
Les deux premières sont dans un format moyen et ont été réalisés entre le milieu du 15e siècle et le 16e siècles.
L’une représente Notre-Dame de la Consolation, image popularisée par l’artiste crétois Nikolaos Tzafouris. Il signe régulièrement ses œuvres qui sont ensuite diffusées par des versions produites par son atelier. L’iconographie de cette icône s’adapte aux standards occidentaux et notamment le style des icônes grecques et de la peinture italienne : nous avons une Vierge à l’Enfant tendre et miséricordieuse qui va conquérir l’Occident.


La deuxième est une représentation de Saint Jean-Baptiste, l’ « ange du désert » entouré de scènes de sa vie. Saint Jean-Baptiste est reconnaissable au milieu, il porte sa tunique en poils de chameau et un manteau drapé autour de son corps. La tête tranchée à ses pieds, évoque son martyre. Les ailes le désigne comme l’ « ange du désert », depuis le 3e siècle, dans l’Orient byzantin, il est perçu comme le dernier prophète annonçant la venue du Messie. Ce rôle de messager l’assimile aux anges.



Les autres icônes, de Théodoros Poulakis, sont d’un gabarit plus impressionnant et étaient accompagnées d’une table explicative comme suit :

Placée à proximité de l’œuvre, elle permet une compréhension des personnages et des symboliques propres à l’œuvre. C’est aussi la possibilité de pouvoir situer les personnages même en étant novice dans le sujet qu’est le christianisme.
« En toi se réjouit » a été réalisé en 1661 et représente les principaux hymnes à la Vierge Marie (composé au 8e siècle par saint Jean Damascène) et qui sont chantés lors des célébrations. Marie est représentée dans le jardin du Paradis, entourée par les prophètes ayant annoncé l’incarnation. Dans la partie supérieure, il y a les anges, portant les instruments de la Passion, qui accompagnent la Trinité.
Ensuite, les saints sont rangés par catégories : martyrs, religieux, apôtres…
Petite anecdote, Theodoros Poulakis est un des premiers artistes à intégrer sa signature dans l’image et non plus en bordure !




Dans le Jugement dernier, le Christ présenté en gloire et comme maître de l’univers, vainqueur de la mort et bénissant. C’est un thème qui a été élaboré au Moyen Âge. Le lecture se fait de bas en haut, par registres. Le monde terrestre où les morts ressuscitent, le Paradis où les élus sont accueillis et l’Enfer où sont précipités les damnés.
Les conventions byzantines sont reprises dans cette icône : les morts sortent de leurs tombeaux ou sont recrachés par les flots et par les bêtes sauvages. L’archange Michel pèse les âmes, un fleuve entraîne les pécheurs au fond de l’Enfer.
Malgré tout ces éléments, l’artiste ajoute une touche occidentale : dans le groupe des damnés, des personnages sont issus du Jugement dernier de Michelange à la chapelle Sixtine. Il y a aussi l’ajout de saint uniquement vénérés par les catholiques.
Cette icône aurait-elle été commandé par une communauté catholique de rite oriental ?



Pour ceux qui me connaissent un peu, vous vous doutez bien que je me suis plus attardée sur la partie représentant l’Enfer. Voici quelques détails 😊






L’exposition a permis aussi d’aborder le rôle des musées en temps de guerre. Ils ont le rôle de protéger, de documenter, et d’éduquer. Et lors des conflits, le patrimoine est souvent victime des destructions et les œuvres sont ainsi amenées à être déplacées afin d’être protéger. On peur prendre l’exemple du Château de Chambord, qui a été un point de stockage temporaire pour les œuvres du Louvre dont la Joconde (la fameuse caisse avec les trois points rouge 😉)
D’ailleurs à ce propos, vous pouvez lire l’article concernant un de ces dépôts ayant accueilli la Joconde pendant ses pérégrinations durant la Seconde Guerre mondiale : https://danslespasdececile.blog/2026/08/27/lieu-de-transit-en-temps-de-guerre/
Cette protection du patrimoine est d’autant plus forte dans la région des Hauts-de-France qui a été durement touchée pendant les deux conflits mondiaux. Le Centre de Conservation du Louvre à Liévin, ouvert en 2019, possède le statut de « réserve-refuge ».

A bientôt pour de nouvelles découvertes !