Virée dans un Maroc moderne

Sortir de sa zone de confort, tel est le maître mot de la guide d‘Elicec lorsqu’elle visite des expositions temporaires. Découvrir de nouveaux artistes, de nouveaux mouvements, une autre culture. Pari réussi avec « Maroc. Une identité moderne » à l’Institut du monde arabe à Tourcoing. 

Tout d’abord, c’est la découverte du bâtiment, car Elicec n’était jamais entrée dans le bâtiment abritant l’antenne de l’Institut du monde arabe. De l’extérieur, nous retrouvons la brique qui est incontournable dans la région, mais en même a comme impression d’être devant une façade rappelant les thermes, avec les nombreuses ouvertures. D’où vient cette impression, aucune idée ! Mais par contre, cette référence aux thermes n’est pas anodine, car le bâtiment abritait une piscine!

L’exposition met notamment en lumière les artistes du Groupe Casablanca. Artistes qui ont recherché une nouvelle identité, moderne, avec un métissage de la production vernaculaire, c’est-à-dire propre à leur pays.

L’exposition va donc vous plonger dans la culture marocaine avec des productions telles que les bijoux ou les textiles, mais en même temps vous transporte dans l’art au inspiration du Bauhaus.

Un petit concentré pour avoir quelques clés sur le Bauhaus :https://www.numero.com/fr/Architecture/design-art-bauhaus-allemagne-tel-aviv-etats-unis#_

Extrait du catalogue d’exposition :

« De tradition millénaire, la production populaire au Maroc de tapis, textiles, céramiques, bijoux, témoigne d’une formidable créativité. Présents dans toutes les sphères de la vie sociale, ces objets expriment une identité, une vision du monde. Cette exposition fait l’hypothèse de l’objet vernaculaire comme objet de design traditionnel et collectif, et interroge sa place dans la culture contemporaine. »

Les artistes de ce Groupe de Casablanca présentés sont : Farid Belkahia (1934-2014), Mohamed Chabâa (1935-2013) et Mohamed Melehi (né en 1936). Mais il y a également Mohamed Ataallah (1939-2014), Bachir Demnati (né en 1946), Mohamed Hamidi (né en 1941) et Houssein Miloudi (né en 1945).

« Séville, Madrid, Prague, Paris, Rome, New York, sont les villes où ces artistes s’immergent dans le monde de l’art de l’après-guerre en pleine effervescence. L’abstraction s’y impose comme le langage moderne. Paul Klee, Wassily Kandisky, le futurisme italien, mais aussi leurs immédiats contemporains : Manolo Millares, Alberto Burri, Franz Kline, Willem De Kooning, Lucio Fontana, sont les œuvres qu’ils regardent. Dans ces contacts, ils apprennent la valeur d’une culture qui est leur, là où Klee, Kandisky, comme Picasso ou Matisse, avaient puisé dans les arts populaires de l’Afrique et du Maghreb à la recherche de l’autre. »

« Ce diaolgue avec la tradition n’est pas un simple effet miroir, mais l’intégration de l’attention portée à celle-ci à une multiplicité d’analyses formelles, de rencontres, d’allées et venues entre l’individuel et le collectif. Les moyens choisis sont mulptiples. Pour certains, ils sont radicalement modernes. Le cuivre martelé, la peau teintée au henné, côtoient la peinture cellulosique, le collage ou la photographie. »

La nomination de Farid Belkahia comme directeur de l’école des Beaux-arts de Casablanca a lieu en 1962. Il fera appel à des artistes tels que Mohamed Melehi et Mohamed Chabâa et ainsi permettre un enseignement transdisciplinaire s’inspirant du Bauhaus. Le premier cours d’histoire de l’art se met en place en 1964, ainsi qu’un atelier de peinture et de sculpture. En 1966, c’est un atelier d’arts graphiques et de recherche sur la calligraphie arabe qui se met en place par le biais de Mohamed Chabâa.

« De La Havane à Badgdad, leurs œuvres [Farid Belkahia, Mohamed Chabâa et Mohamed Melehi] ont globalement circulé dans un monde marqué par les mouvements d’indépendance et de lutte anticoloniales ; la revue Souffles, parue entre 1966 et 1973, à laquelle les trois artistes participent activement est un des vecteurs privilégiés de ce combat culturel pour la réappropriation de la culture nationale et la pérennisation du rôle de l’artiste dans la société postcoloniale marocaine. 

[…]

Sachant que la question de l’abstraction pouvait se poser de manière très différente depuis Rome, Prague ou New York, elle ne pouvait finalement se poser que de manière encore plus délicate depuis un pays colonisé. Un pays dans lequel un certain académisme paternaliste devait maintenir l’ordre établit entre les peintres autorisés (le plus souvent français) et les peintres subalternes (éventuellement marocains) encouragés dans un « art naïf » ou un romantisme folklorique. Belkahia, Chabâa et Melehi, au premier plan, mettront fin à cet état de fait, notamment par des initiatives comme l’exposition manifeste Présence plastique de 1969 qui eut lieu place Jemaâ el-Fina à Marrakech (en mai) et place du 16 novembre à Casablanca (en juin). D’où la concomitance entre les deux villes que Melehi résumera ainsi : « Marrakech était notre laboratoire et Casablanca était le site pour applications. » »

« La valorisation du patrimoine artistique séculaire constitue l’axe principal de la réforme pédagogique souhaitée par ces artistes et concrétise leur idéal de réunification de la production dite artisanale et artistique, qu’ils considèrent comme une solution possible aux problèmes sociaux et culturels du Maroc de l’après-indépendance. »

« Mais l’objet traditionnel populaire marocain n’est pas un seulement comme un formidable site archéologique où on découvre en couches superposées des rensignements d’ordre historique, social ou psychologique. Il s’impose aussi à l’œil moderne de par ses qualités esthétiques frappantes et claires. L’artisan a conçu et organisé visuellement avec rigueur. » (Toni Maraini, Maghreb Art n°2)

« Ce qui m’importe c’est d’agir en tant qu’artiste dans toute une panoplie de domaines. Je n’ai pas besoin d’être dans mon atelier ou en train de perdre pour me sentir artiste. L’atelier peut être un lieu de concentration ou d’intériorisation. Il n’est pas une fin en soi. » (Mahamed Melehi, CatalogueMelehi, IMA, Paris, 1995)

« L’artiste n’est pas en avance sur son époque comme on se plaît à le répéter, c’est la société qui est en retard sur son époque. Il s’agit alors d’entreprendre une éducation du sens visuel. Pour tout cela, toute action ne peut être collective. La notion d’artiste-individu doit disparaître. » (Farid Belkahia, Souffles, 1967).

Cette exposition a été une très belle découverte pour Elicec et sa guide-conférencière. Les courants artistiques sont universels et traversent les différents pays et cultures.

Elicec a également beaucoup aimé la fresque qui se trouve juste en face du bâtiment abritant l’Institut du monde arabe.

A très vite pour de nouvelles découvertes !

Lien vers le site de l’Institut du monde arabe pour préparer vitre visite : https://ima-tourcoing.fr/

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