L’Afrique du Sud à travers l’art

Il y a quelques semaines, étant de passage dans la métropole lilloise pour tout autre chose, un arrêt au musée du LAM s’est inséré dans une journée bien remplie. Ce fut l’occasion pour Elicec et sa guide de découvrir l’exposition temporaire sur un artiste contemporain : William Kentridge.

Une très belle découverte, une œuvre riche en référence à son pays d’origine mais en même temps facile à aborder.

« Je ne suis vraiment pas un sculpteur. J’ai fait beaucoup de sculptures, mais à la manière d’un dessin »

C’est un artiste touche à tout : dessin, sculpture, film d’animation, performance… Son intérêt pour les arts plastiques et le cinéma lui permettent de mêler ses influences, références pour nourrir son œuvre.

C’est également sa vie quotidienne qui nourrit les œuvres, son père a été l’avocat de Nelson Mandela en 1956, le confrontant à la dure réalité en Afrique du Sud : l’apartheid, une séparation entre les personnes noires et blanches au sein d’une même société. Ce racisme marque son œuvre qui a pour sujet central la condition humaine. Malgré des sujets sensibles comme la colonisation, l’apartheid ou encore la Première Guerre mondiale, il créé des œuvres sensibles et pleines d’humour.

L’exposition commence avec la présentation de décors pour la production de Théâtre « Sophiatown ». Des panneaux immenses qui nous plongent dans un quartier métissé de Johannesburg rasé brutalement une nuit de 1955, au nom de l’apartheid.

« Puis j’ai abandonné l’art, me disant que j’avais échoué en tant qu’artiste, et c’est alors que je suis allé à l’école de théâtre pour m’essayer au jeu d’acteur […] Au bout de trois semaines, j’ai su que je ne serai pas acteur. Mais j’ai beaucoup appris sur la réalisation et le dessin. »

« Il n’y a pas eu de révélation mais plutôt une longue et douloureuse suite d’échecs. J’ai échoué à devenir peintre, j’ai échoué à devenir acteur. J’ai été réduit à dessiner. C’était la seule chose que je savais faire »

Le dessin fait partie intégrante de l’œuvre de William Kentridge, tout en associant les différentes techniques qu’il maîtrise. On retrouve le dessin dans les décors qu’il réalise pour le théâtre, dans ses films d’animation. Le dessin devient pour lui dès le début de sa carrière le moyen de s’exprimer, même sur les sujets les plus délicats.

Voici une des œuvres coup de cœur d’Elicec, Casspirs full of love. Œuvre pleine d’ironie parce que dans le titre on évoque l’amour alors que le Casspir est le nom du tank utilisé par l’armée sud-africaine pour contrôler et réprimer les manifestations. Et surtout la représentation de cet entassement de têtes rangées dans un placard. L’artiste reprend une expression utilisée par les soldats à destination de leurs familles : « for Mum, with Casspirs full of love ». Pourquoi cette œuvre a marqué Elicec ? Elle n’en sait toujours rien ! Parfois, elle et sa guide sont attirées par des œuvres plus ou moins joyeuses mais sont dans l’incapacité d’expliquer le pourquoi du comment…

Avec cette œuvre, Art in a State of Grace, Art in a State of Hope, Art in a State of Siege, permet d’évoquer ses œuvres grands formats, qu’il réalise sous un format que la guide d’Elicec a appris à apprécier grâce à son travail au musée de Flandre, les tableaux en diptypes et autres poliptyques. Ces grands formats chez Willima Kentridge sont le plus souvent un mélange avec l’art figuratif et l’expressionnisme allemand. Des éléments typographiques (phrases, citations choisies par l’artiste) peuvent aussi se mêler aux dessins au fusain.

Voici une autre œuvre mêlant l’art graphique et typographique, œuvre ayant aussi une portée politique parce qu’elle met en avant ce qui a été appelé le « Procès de la Trahison ». Procès durant lequel 156 membres leaders du congrès du peuple ont été arrêtés et accusés de haute trahison. Un de ces leaders a été défendu par le père de William Kentridge : Nelson Mandela.

Une œuvre forte au sens politique mais qui a également un écho, encore une fois impossible à expliquer…

« Au fond de notre jardin il y avait un groupe de sapins et sur notre véranda nous avions une table en mosaïque. Nous avions l’habitude de parler des tuiles dessus. Alors pour moi, pendant toutes ces années, mon père est parti tous les jours vers les « Arbres et Tuile » [Trees and Tiles]. Quand ma femme a vu que je fabriquais des arbres à partir de différentes feuilles de papier qui vont ensemble, comme des tuiles, elle m’a dit : « Oh mon Dieu, tu peins encore le Procès de la Trahison » [Treason Trial] ».

« Mon travail exprime un engagement social et politique mais il évolue progressivement, par et à travers le dessin. Je peux commencer avec une idée politique dans la tête et finir avec une chaise vide dans mon atelier, ou l’inverse. »

« Faire le tour de l’atelier c’est faire le tour de ses idées »

« Les films d’une façon générale sont des dessins en quatre dimensions »

« Effacer est, en fait, une partie importante du processus. L’image se forme autant à partir de ce que je retire et de ce que je mets. […] Le processus d’effacement et les traces qu’il laisse évoquent le passage du temps et, par conséquent, le souvenir. »

En effet, l’exposition présente plusieurs animations de l’artiste, sur lesquelles on y voit les successions de dessins et d’effacement qui entrent pleinement dans le processus de création. Elicec a beaucoup apprécié ces espaces qui mêlent création, art et sensibilité.

William Kentridge évoque dans son œuvre la colonisation et son poids sur l’histoire. Une salle est ainsi consacrée aux porteurs sud-africains et à cette guerre des puissances coloniales. Entre animation artistique et installations, nous prenons un bol d’histoire africaine.

The Head & the Load a été commandé pour le centenaire de la Grande Guerre. William Kentridge mélange les chants africains, la poésie dadaïste, des extraits de musique européennes, des images d’archives, des décors ou encore des dessins.

« Je m’intéresse à la politique, c’est-à-dire à un art de l’ambiguïté, de la contradiction, de gestes simples et de fins incertaines. »

Une installation interpelle le visiteur avec les films et l’installation musicale : O Sentimental Machine. La « joyeuse cacophonie » est dû aux films projetés mêlant les défilés bolcheviques à des images du tsar au bord de l’eau. Le nom de l’installation fait une référence à une phrase de Trotski selon lequel les hommes sont « des machines sentimentales mais programmables ».

Ensuite, une salle concentrant contenant plusieurs supports de création de l’artiste, entre dessins, animation et fresque. Le film d’animation fait référence à la pièce de théâtre Ubu roi. Le film évoque la Commission de la vérité et de la réconciliation, en 1995, qui devait examiner les violations aux droits de l’homme qui s’étaient produites pendant l’apartheid.

« … nous avons eu un choix très clair : vous pouvez sacrifier la justice en échange de la connaissance, et si vous voulez tout savoir, cela se fait au prix de l’impuissance. Ainsi, en découvrant les choses horribles que les gens faisaient, vous renoncez aux moyens de les tenir responsables, ils bénéficient d’une amnistie et c’est l’unique façon de découvrir ce qui s’est réellement passé. C’est devenu une séparation très claire et emblématique de la vérité et de la justice. »

La pièce est décorée de la fresque qu’il a réalisée sur place et devant les journalistes, de manière très naturelle. Un autre coup de cœur de l’exposition.

L’installation The Refusal of Time, est le résultat d’une rencontre avec le compositeur Philip Miller et de l’historien des sciences Peter Galison. Les projections visibles autour de l’installation centrale combinent des scènes en direct, des animations ou encore de la danse. Les éléments sonores de l’installation et des projections se répondent, et mettent en avant la question de la notion du temps. Il y a des références à la théorie d’Einstein, Greenwich, l’âge industriel et le théâtre africain.

« L’image de la procession remonte à Goya et à ses peintures de processions. Elle remonte plus récemment à des photographies de réfugiés fuyant le Rwanda, […] vers le sud du Soudan »

L’exposition met également en avant les tapisseries, un fond de carte avec des personnages qui se détachent de manière presque brutale, ombre noire avec des veines de couleurs.

« La tapisserie est un art numérique. Chaque ligne ou forme du dessin initial est transposée en fils qui se croisent, comme autant de points qui sur une carte. L’indécision de l’artiste, chaque bavure de la ligne, doit être résolue en « çà s’arrête ici, çà change là ». L’histoire se répète : le tissage a ouvert la voie au contrôle numérique. Les cartes perforées des premiers ordinateurs étaient basées sur des cartes perforées utilisées pour contrôler les lisses des métiers à tisser du 18e siècle »

« Un dessin politique doit être clair et sans ambiguïté, ce qui n’est jamais le cas de mes dessins, qui expriment une vision politique et, en même temps, très personnelle ».

La dernière pièce découverte par Elicec et sa guide correspond à un rassemblement des différentes œuvres et artistes qui ont influencé la création de William Kentridge. On y retrouve ainsi des dessins, des gravures, des livres ou des photographies. On y retrouve des grands noms de l’histoire de l’art : Goya, Watteau ou encore Hogarth. D’autres noms s’y ajoutent comme Grosz, Otto Dix ou Beckmann.

« Tout est récupérable. Tout est provisoire. Une action est rattrapée par celle qui suit. Un dessin abandonné retrouve vie dans le dessin suivant ».

Et voilà le tour dans l’exposition sur l’œuvre de William Kentridge est terminé. Elicec vous invite à y aller faire un tour quand vous serez dans la métropole lilloise. Une occasion de sortir de l’art plus conventionnel mêlant art, politique, humour et poésie.

A bientôt pour de nouvelles découvertes !

Lien vers le musée du LAM afin de préparer au mieux votre venue :

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