Volets de peintures

Une journée de repos a permis à Elicec et sa guide de suivre une visite guidée réalisée par une collègue sur un sujet lui tenant à cœur : la peinture flamande. Plus spécifiquement, le format de la peinture flamande qu’est le triptyque.

Mais qu’est-ce que c’est qu’un triptyque ?

Pour faire simple (mais en réalité cela n’est absolument pas difficile !), il s’agit d’une œuvre en trois morceaux, un panneau central qui est fixe, accompagné de deux panneaux latéraux qui eux peuvent se rabattre sur la partie centrale.

Direction dans un premier temps le Musée Sandelin où commence la visite guidée. C’est l’occasion de découvrir ou redécouvrir la peinture flamande et ses caractéristiques, ainsi que d’admirer les triptyques présentés. En route !

Nous voici arrivées devant un triptyque (fixe) relatant l’histoire de saint Crépin et saint Crépinien. Il suffit de regarder les différentes scènes pour savoir comment ils ont fini ! Les épisodes du martyre se trouvent sur les côtés, représentant les parties latérales du format, sauf qu’ici il n’y a pas de charnières pour refermer les panneaux.

Tout d’abord, n’oublions pas de préciser qu’ils étaient tous deux cordonniers et que le martyre aura un lien avec ce métier, mais cela vous allez le découvrir en lisant la suite. Premier épisode (en haut à gauche) c’est l’arrestation des deux personnages dans leur échoppe. Ensuite, descendons d’un niveau et découvrons la première partie du martyre : ils sont allongés, mains attachées, et des morceaux de peau sont détachés de leurs dos….

Ensuite, direction l’autre côté du tableau, en haut à droite pour la suite. Sur cette vignette, on place sous chacun de leurs ongles des alênes… Pour terminer dans une marmite d’huile bouillante !

Maintenant que vous connaissez l’histoire de ces deux cordonniers martyrs, pourquoi le tableau a-t-il été inclus dans la thématique de visite ? Parce qu’il permet de repérer les éléments de la peinture flamande à l’époque du gothique international (13e siècle) que l’on reconnaît grâce aux silhouettes minces et aux lignes très épurées. Ici, nous retrouvons également une des caractéristiques de la peinture des Primitifs flamands tels que l’utilisation de la feuille d’or en fond, pour ce qui est de certains sujets religieux.

Ce qui a interpellé l’œil d’Elicec, c’est le motif de grappes de raisons visible dans ce fond doré justement.  Un travail délicat et tout en relief pour être à la fois visible et invisible.

Un sujet qui est souvent représenté en peinture religieuse est L’Adoration des Mages, mais également celle des bergers. Commençons par celle présente au musée Sandelin avant d’évoquer celle présente dans la Cathédrale Notre-Dame de Saint-Omer, deuxième lieu de la visite.

En quoi consiste ce sujet ? Il s’agit des Rois mages venant voir l’enfant Jésus tout juste né. Sur le panneau central nous retrouvons la Vierge Marie et de Jésus et se sont les personnages autour qui changent : soit les Rois mages, soit les bergers, Joseph est parfois présent.

Chose importante qui n’a pas encore été précisé, lorsque nous sommes devant un triptyque, le sujet important se situe toujours sur le panneau central, alors que les panneaux latéraux abritent régulièrement le commanditaire accompagné de son saint-patron, ou des scènes faisant référence au saint-patron de la confrérie, ou encore des scènes annexes au sujet central.

Ainsi, ici au centre, nous retrouvons Marie et Jésus, accompagné d’un des trois Rois mages, Melchior, le plus âgé des trois. D’ailleurs, sur ce retable, une question se pose à propos de Melchior : serait-il représenté sous les traits du commanditaire ? Pourquoi, une telle question ? Parce que le portrait de celui-ci est très bien réalisé, d’une très grande finesse, ce qui est souvent le cas pour les portraits des personnes que l’on peut identifier, car il y a la possibilité de faire poser la personne. Mais c’est également les vêtements portés : un tissu plus léger et doublé d’hermine.

Il faut noter qu’en général, la qualité d’exécution est très bonne, quel que soit le portrait, regardez d’un peu plus près celui de Balthazar, les détails de la boucle d’oreille, les motifs de ses vêtements ou encore l’objet qu’il tient dans les mains.

Sur ce triptyque, il est possible de relever plusieurs détails concernant l’évolution de la peinture religieuse. Notamment, la présence d’un paysage qui se découpe sur les trois panneaux. Tout d’abord, le paysage n’était visible, le plus souvent, que par la fenêtre ouverte. Petit à petit, il prendra plus de place, jusqu’à éclipser les personnages religieux et mythologiques. Autre indice, c’est que les personnages sont désormais représentés non plus de profil mais de trois-quarts. Cela permet de complexifier la réalisation mais surtout de montrer la virtuosité de l’artiste car il est ainsi capable de complexifié la représentation des visages avec notamment l’utilisation de la lumière.

L’évolution se note aussi par la disparition des phylactères (banderoles avec des inscriptions, souvent porté par des anges, référence directe à l’art byzantin) ainsi qu’à une précision beaucoup plus grande apportée à la végétation. Lorsqu’avant il était impossible de nommer l’espèce, il est désormais possible d’admirer le feuillage de plus en plus détaillé et de reconnaître les essences.

Voyons un peu si L’Adoration des Mages se trouvant à la cathédrale est réalisé sur le même principe 😊

Tout comme le triptyque du musée Sandelin, la scène principale représente une Adoration des mages, à la différence que celle-ci est représentée uniquement sur le panneau central. En effet, sur le panneau de gauche, il s’agit d’une scène de la Nativité (la naissance) et à droite, et de la présentation au Temple (le grand prêtre est reconnaissable par ses vêtements et sa coiffe respirant le luxe) à droite.

Ici, le courant maniériste est visible : les couleurs chatoyantes, les coiffes, les figures allongées et parfois positionnées de manière peu naturelle.

L’architecture est ici un mélange de gothique et de Renaissance (marbre rosé, les rinceaux végétaux ou encore le décor de coquille).

Une Adoration des bergers est également visible dans une autre chapelle de la cathédrale. Tout comme l’adoration avec des mages, le sujet permet à l’artiste de montrer sa technique de réalisation. Les revers des panneaux latéraux n’ont pas encore été évoqués, mais ils ne sont pas visibles car dans les chapelles, les retables sont présentés ouverts. Mais sur celui-ci, nous savons qu’il y a d’un côté la représentation de saint Omer et de l’autre saint Bertin. L’ouverture des retables, qui se trouvent le plus souvent au-dessus de l’autel, suit le rythme de l’année liturgique. Ainsi, en fonction de la période de l’année, le retable est fermé ou ouvert.

Avec cette adoration, nous avons l’exemple de la représentation du commanditaire et de son saint patron sur les panneaux amovibles. A droite, le chanoine Adrien de Hennin, et à gauche, son saint patron, saint Adrien de Nicomédie.

Adrien de Nicomédie est reconnaissable grâce à ses attributs qui sont son armure et l’enclume sur laquelle ses mains ont été coupées (son martyr pour s’être converti). A ses pieds est représenté un lion. La symbolique habituelle du lion est la force ou encore la cruauté, mais ici c’est le courage de saint Adrien qui est mis en avant.

L’Adoration avec des bergers est souvent représentée de manière plus expressive qu’avec les mages, qui rendent la scène plus solennelle. Notez en passant la musculature des bergers !

Revenons quelques instants au musée Sandelin, avec la dernière œuvre qui a été présentée avant de se diriger vers la cathédrale. Il s’agit du tableau représentant Notre-Dame de Milan.

Tableau qui n’est pas en soit un triptyque mais qui permet encore une fois d’évoquer l’évolution dans la manière de peindre le sujet religieux.

Mais en même temps, si vous êtes observateur il y a triptyque qui est peint quelque part sur le tableau ! 😉

Sur ce tableau, nous pouvons remarquer l’architecture antique avec les colonnes, les têtes de lions présentes sur la structure rappelant plus l’arc de triomphe qu’une structure religieuse. C’est le maniérisme qui domine ici avec notamment les figures qui sont allongées. Il suffit de prendre l’exemple de la Vierge. Pour les proportions du corps humain, il « suffit » de prendre la taille de la tête et de pouvoir la remettre sept fois en hauteur. La vierge du tableau est un peu plus grande que cette règle !

Le détail sur lequel la collègue a attiré l’attention concerne la petite chapelle en haut à droite du tableau avec les deux personnages agenouillés. Il s’agit probablement de sœurs religieuses. Mais le détail intéressant est la manière dont elles ont été réalisées…

… elles sont quasiment transparentes ! est-ce un repeint (couche de peinture ajoutée au-dessus du vernis) ? la question demeure !

Nous voici de retour à la Cathédrale pour évoquer les trois derniers triptyques découverts cet après-midi là 😊

La vie de saint Dominique est le premier. Le panneau central représente sa mort. L’attribut qui permet de le reconnaître dans les autres scènes est qu’il a une étoile sur le front (qui serait apparue après son baptême). Il est entouré par des dominicains (il est d’ailleurs supposé que le retable provienne du couvent des dominicains).  Au troisième plan, nous retrouvons le saint en habits dominicains et à proximité d’une échelle, qui représente son ascension céleste, avec le Christ qui l’attend.

Dans la cathédrale, Elicec connaissait la petite sculpture représentant la Vierge au chat, mais absolument pas les petits trésors dans la chapelle attenante. Il y a l’intérieur L’Adoration des bergers qui a déjà été évoqué un peu plus haut dans l’article. Mais il y a un deuxième retable avec pour sujet principal une Vierge à l’Enfant.

Elle est d’ailleurs représentée assise sur un arc-en-ciel et entourée d’anges formant autour d’elle une mandorle (forme d’amande). L’arc-en-ciel a comme signification d’être le lien entre le monde céleste et le monde terrestre. Nous retrouvons ici l’utilisation de la feuille d’or pour le fond.

Et l’occasion de d’admirer un retable fermé, pour admirer une Annonciation dans le pur style des Primitifs flamands (pardon pour le vilain reflet)

Reste à évoquer le coup de cœur de la visite pour Elicec et sa guide, le triptyque de la résurrection du Christ triomphant, qui se trouve comme vous l’avez désormais compris sur le panneau central, avec sur les panneaux latéraux le commanditaire (le chanoine Robert de Saint-Martin) et Sainte Barbe.

Sur la partie centrale est ainsi réalisé le Christ ressuscité, debout sur le tombeau en train de transpercer la mort (sous l’aspect du squelette) d’une lance. Les stigmates sont représentés sur le corps musclé du Christ. La musculature peut ainsi faire référence aux sculptures gréco-romaines. C’est d’ailleurs le peintre flamand Jan Gossaert qui sera l’un des premiers à mettre en avant les muscles après son voyage en Italie en 1509. Le paysage en arrière-plan est d’ailleurs dit « italianisant ».

Sur le panneau de gauche est représenté Sainte-Barbe. Elle est représentée avec la palme du martyr mais surtout la tour dans laquelle elle sera enfermée par son père qui refuse sa conversion. Elle s’enfuira mais sera rattraper par son père qui la décapite. Il sera foudroyé dans l’instant. Elle protège ainsi les corps de métier liés au feu (pompier, mineur) mais également de la mort-subite, appelée également la « mauvaise mort » car imprévue et surtout avec l’absence de confession.

J’espère que l’article vous donnera envie d’aller découvrir par vous-même ces petits trésors de la peinture flamande à Saint-Omer.

Horaires d’ouverture de la cathédrale : de 8h à 18h en haute saison (17h pour la basse saison).

Horaires d’ouverture du Musée de l’Hôtel Sandelin : du mercredi au dimanche de 10h à 12h et de 14h à 18h. Notez que tous les dimanches c’est gratuit ! (https://www.musees-saint-omer.fr/)

Si vous souhaitez des visites guidées de ces deux bâtiments, n’hésitez pas à me contacter directement depuis mon site internet : www.danslespasdececile.com

A bientôt pour de nouvelles découvertes dans les Hauts-de-France ou ailleurs ! 😊

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