Nuances de noir

L’exposition « Soleils noirs » au Louvre-Lens mettait en avant le noir dans sous tous ses aspects et ses symboliques : du noir de la haute-société au noir industriel. Plongeon dans les abysses garanti ! Le noir est omniprésent dans nos vies : il représente nos peurs, nos cauchemars et à l’absence de lumière. Pour certain, le noir n’est pas une couleur alors que pour d’autre elle est clairement leur univers. Elicec vous invite ainsi à aller à la découverte ou redécouverte de cette couleur riche en nuances.

Une première section nous emmène au plus profond de la nuit, thème largement abordé par ls artistes : nuit étoilée, nuit profonde… Le noir et ses nuances permettent la multiplication des représentations nocturnes. D’ailleurs les « nocturnes » ne deviendront un véritable sujet que lors du romantisme. Auparavant, la couleur noire était utilisée pour augmenter le contraste ou noircir les tons.

« La nuit est sublime, le jour est beau » (Emmanuel Kant)

Le noir et ses nuances sont aussi utilisés pour évoquer les éléments naturels comme les orages ou les tempêtes. Une atmosphère sombre est un moyen de faire ressortir les angoisses, les peurs… Mais ce qui est splendide avec l’art, c’est que ces peurs peuvent être transformées en œuvres magnifiques.

Les artistes s’emparent de la nature et de ses éléments violents et éphémères à partir du 18e siècle. Les artistes romantiques veulent ainsi rappeler que la nature peut reprendre ses droits à n’importe quel moment, que l’homme ne lui est pas supérieur. De nos jours, les nouveaux supports permettent d’approfondir et de ressentir encore plus ces éléments atmosphériques avec le cinéma.

L’eau est aussi un élément central en art, à la fois paisible et en même chaotique. Elle peut être le décor de nombreux sujets : mythologie, religion, littérature… Mais de couleur, elle est glauque, angoissante et représente aussi la vie qui passe, les amours secrets et tragiques.

Avec les œuvres présentées dans l’exposition, nous percevons l’eau du point de vue des artistes, comme un élément qui peut changer de substance, en devenant tout à tour solide, opaque ou liquide et transparente.

L’eau se transforme en miroir des âmes, associant souvenirs et sentiments, souvent représentés de manière symbolique. Par exemple, la barque sur une surface noire et lisse peut être associée à la mort souvent représentée sous les traits de Charon.  Les sentiments peuvent aussi prendre la forme d’une barque comme avec le tableau d’Alexander Harrison, représentant la solitude à travers une jeune fille solitaire.

« Nous sommes des navires lourds de nous-mêmes, / Débordants de choses fermées, nous regardons, / A la proue ce notre périple toute une eau noire / S’ouvrir presque et se refuser, à jamais sans rive. » (Yves Bonnefoy)

D’un côté, la couleur noire permet aux artistes d’exprimer les angoisses, la peur ; mais de l’autre, le noir permet un jeu avec la lumière grâce au contre-jour ou encore les ombres. Chaque artiste lui attribuera ensuite une signification propre : mystique, mystérieuse, poétique ou encore spirituelle….

« J’ai tout donné au soleil, sauf mon ombre » (Guillaume Apollinaire)

… mais surtout elle peut révéler une peur du noir, une phobie.

Parce que qu’elle est synonyme de peur et de danger. Les artistes en ont conscience, et s’empare du monde animal comme Odilon Redon. La symbolique la plus fréquente est d’associer la couleur noire aux Enfers.

Une section de l’exposition est dédiée à cette symbolique et au courant appelé le romantisme noir avec des gravures sublimes de Gustave Doré représentant les Enfers de Dante, et Delacroix entre autres. Sans oublier que le noir des Enfers est opposé à la lumière de Dieu. Certains sujets sont ainsi représentés plus que d’autres comme la tentation de saint Antoine, la chute des anges rebelles, la figure de Satan ainsi que les bestiaires maléfiques et hybrides…

Toute une symbolique autour des animaux réels ou imaginaires de couleur noire se met en place. Nous pouvons citer le chat, la chauve-souris… Par leur intelligence et leur comportement, mais également avec l’inconscient collectif, ils deviennent de parfaits candidats pour le monde de Satan et de ses suppôts. Pour plus tard, être aussi associés à la sorcellerie.

« Et l’archange comprit, pareil au mât qui sombre, / Qu’il était noyé du déluge de l’ombre ; / Il reploya son aile aux ongles de granit / Et se tordit les bras. – Et l’astre s’éteignit. » (Victor Hugo.

Les œuvres peuvent aussi révéler l’âme tourmentée de certains artistes, qui se représentent sous les traits de personnages au destin torturé, tragique. Le monde des sorcières, des orgies sont ainsi légions…

« Le noir est ma boule de cristal : du noir seul, je vois de la vie sortir » (Henri Michaux)

La religion chrétienne associe le noir à la couleur des Enfers, mais cette couleur est aussi celle du commencement. En Egypte, le noir c’est la régénération avec le limon fertile de la vallée du Nil. Toujours en Egypte, certaines amulettes arborent cette couleur qui dans ce cas est synonyme de protection et de guérison. Ainsi les divinités funéraires et de la fertilité égyptiennes sont représentées avec les chairs noires ou vertes : Osiris, Seth en sont des exemples.

Les Enfers, le commencement mais aussi la fin. En effet, le noir a déjà évoqué comme une possibilité d’évoquer la mort à travers l’eau. Elle aussi associé à des genres artistiques particulier comme les vanités ou la sculpture funéraire.

Mais qu’est-ce qu’une vanité ? Il s’agit d’un genre pictural ramenant au côté éphémère de la vie humaine. La peinture hollandaise permet à celui-ci de se diffuser. La vanité la plus célèbre est probablement celle réalisée par Champaigne, représentant un crâne entouré d’un vase avec une fleur et d’un sablier. Aucune complexité dans la compréhension de ces trois éléments : le sablier est le temps qui passe, la fleur également parce qu’elle finit par faner avec le temps, et le crâne se passe d’explications !

La sculpture funéraire peut également se passer d’explications avec la période où le transi est de rigueur pour laisser une marque dans le temps. Le transi est une sculpture représentant un corps en décomposition, avec les vers sculptés dans le détail pour le rendre encore plus réel. Le premier découvert par Elicec et sa guide-conférencière fait partie des collections du Musée des Beaux-Arts d’Arras et représente Guillaume Lefranchois. Et quel plaisir de le retrouver au sein de cette exposition !

La symbolique de la couleur noire passe aussi par les vêtements. Aujourd’hui, qui ne connaît pas la petite robe noire mise en avant par Coco Chanel en 1926. Couleur de l’élégance, elle est portée par les femmes mais également les hommes.

Couleur du deuil, elle sera celle de la bourgeoisie et l’aristocratie. Les portraits dans la peinture flamande et hollandaise mettent ainsi en avant les nuances du noir. Le goût pour le noir provient de la cour de Bourgogne au 15e siècle avec Philippe le Bon.

Il est ainsi possible d’admirer à travers les tableaux les textures et motifs des tissus. Ils sont tous plus beaux les uns que les autres : portraits familiaux, portraits de mariage (petit clin d’œil au Musée Sandelin, où les deux portraits individuels ci-dessous sont d’habitude exposés 😉). Le noir par la suite sera au service du portrait car les années avançant, le noir est utilisé pour le fond du tableau afin de faire ressortir la personne portraiturée. Il ne sera plus le moyen de montrer sa richesse mais de mettre en valeur la personne elle-même en jouant avec les contrastes, avec la lumière pour évoquer le volume.

« Le Carnaval déjà / Prend pour déguisement / L’habit qui sert au bal / Comme à l’enterrement. » (Théophile Gautier)

Le noir comme couleur luxueuse, mais aussi à l’opposé pour exprimer la misère ou l’industrie. Un noir industriel qui s’invite dans le quotidien des populations avec le charbon ou encore le bitume. La littérature tout comme la peinture s’empare du sujet et représente les « laissés-pour-compte », dépeindre la société, pas uniquement les couches supérieures, mais aussi les couches le plus basses.

Continuons notre avancée dans le noir pour découvrir que les artistes ne l’utiliseront plus uniquement pour faire ressortir nos peurs et nos angoisses, mais l’utiliseront comme support pour faire ressortir les formes. Il deviendra le support lui-même, il sera travaillé comme un véritable matériau. Les gravures existaient déjà et permettaient une diffusion des œuvres peintes à travers l’Europe, mais elles deviennent encore plus des peuvres à part entière, dans une période où l’image peut être reproduite quasiment à l’infini avec les nouvelles méthodes.

Le noir devient la source d’inspiration des artistes, il sera utilisé pur pour en faire ressortir toute sa richesse. Les monochromes bleu d’Yves Klein sont connus, mais il y a aussi le noir qui tient sa place. L’abstraction est aussi friande du noir comme les Kandinsky qui l’intègre dans sa théorie des formes. Moderne, abstrait, monochrome, le noir est encore une fois présent dans toutes ses nuances et formes et surtout ses textures. Les œuvres qui clôturent l’exposition sont celles de Pierre Soulages. Deux très grands formats pour valoriser la couleur noire, habituellement associée à une symbolique négative. Elicec et sa guide conférencière n’avaient jamais eu l’occasion de voir en vrai des œuvres de Pierre Soulages et bien cela a été un réel plaisir. Pouvoir se mouvoir dans l’espace et admirer l’œuvre quelle que soit le lieu dans l’espace, apprécier la texture de la peinture et le jeu de lumière avec le noir… tout simplement splendide !

« J’étais en présence d’une couleur ouverte à des possibilités insoupsonnées » (Pierre Soulages).

Pour terminer, dans la région des Hauts-de-France, le noir est associé à un territoire plus qu’à un autre : le Bassin minier. En effet, la société s’industrialise à partir du 19e siècle et l’exploitation du charbon explose, changeant les paysages et le mode de vie. Sans oublier que le musée lui-même est installer sur un ancien carreau de mine. La veine de charbon qui n’est plus exploitée de nos jours n’est qu’à quelques centaines de mètres sous nos pieds !

Les artistes vont ainsi représenter ses évolutions paysagères, industrielles et sociétales par le biais de la peinture, de la sculpture, des installations contemporaines ou encore par la photographie. Sont représentés les chevalets pour descendre dans la mine, les mineurs que l’on appelle « les gueules noires » …

… Alors que les couches de la haute société étaient auparavant sur le devant de la scène en devenant les mécènes, les figurants sur les œuvres, passent au second plan et laissent la place à ceux qui travaillent.

Les formes de l’art évoluent en même temps que la société, les objets de la vie quotidienne deviennent des œuvres comme chez Arman qui utilise l’accumulation pour faire passer ses messages. Le noir devient le messager révélant à la fois la force d’un objet, d’une idée, d’un matériau mais également sa faiblesse.

L’exposition s’étant déroulée dans un contexte particuliers, plusiseurs outils pour la découvrir sont disponibles directement sur le site internet du musée : https://www.louvrelens.fr/exhibition/noir/

  • Une présentation de l’exposition en une quarantaine de minutes par Marie Lavandier (directrice et co-comissaire de l’exposition) 
  • Des podcasts 
  • Des supports de visites à télécharger

A bientôt pour de nouvelles découvertes et balades ! 😊

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