L’empire des sens au Musée Cognacq-Jay

Après un long moment d’absence sur le blog, nous voici de retour avec plusieurs articles qui traiteront de plusieurs expositions découvertes ces dernières semaines dans les Hauts-de-France ou à Paris. En espérant que les articles vous donnent envie d’y aller à votre tour 😉

Cet article met en lumière l’exposition du Musée Cognacq-Jay à Paris intitulée « L’empire des sens ». Si tu ne souhaites pas voir l’anatomie humaine et en particulier féminine, cette exposition n’est pas pour toi !

L’exposition a été réalisée dans le cadre du 250e anniversaire de la mort de François Boucher (1730-1790) avec pour objectif de parcourir le thème de l’amour sous toutes ses facettes, de la naissance du désir à l’acte en lui-même. De grands noms sont présentés dans l’exposition, avec des tableaux mais également des gravures ou des dessins préparatoires, tels que Antoine Watteau, Jean-Baptiste Greuze, Jean-Honoré Fragonard et bien d’autres…

François Boucher est un artiste avec l’une des plus longues et brillantes carrières à l’époque du siècle des Lumières. C’est le peintre des femmes humaines ou divines car il représente tant les nymphes et les déesses que celles qui l’entourent. Sa technique pour le rendu des chairs et des drapés cache peu de choses et offre aux yeux des spectateurs des tableaux tout en sensualité. Celle-ci est d’ailleurs multiple, parce qu’elle peut être visible tout autant avec la nuque ou le regard que le fessier 😊

La mythologie est un sujet très présent dans le monde de l’art, notamment avec les différents mécènes qui apprécient cette thématique qui présente les sujets mythologiques comme les héros tel Achille mais aussi les amours des dieux.

François Boucher et ses contemporains ne sont pas novateurs, car d’autres avant eux se sont emparés de ce motif : Titien, Rubens ou encore Poussin. C’est la possibilité pour les artistes de mettre en scène la luxure, les poses lascives et l’audace amoureuse. Les histoires d’amour de Jupiter avec des mortels ou des nymphes sont autant d’occasions pour les artistes d’érotiser les scènes en ajoutant des éléments allant dans ce sens (Léda, Danaé). Le thème du voyeur est aussi visible avec le personnage du satyre, qui a des difficultés a réfréner ses envies. Mais notons, que de plus en plus souvent, ce satyre est dissimulé et devient le prétexte pour l’artiste de peindre une jeune femme endormie, mettant ainsi le spectateur à la place du voyeur, qui admire ainsi lui aussi cette figure féminine…

… qui devient par la même occasion le modèle désiré. Le plaisir de voir est mis en exergue, depuis une antichambre ou l’atelier de l’artiste. Ce désir de voir ces corps en devient un fantasme. N’oublions pas qu’à l’époque des Lumières, il est encore interdit de faire poser des femmes nues à l’Académie, en tant que modèle. Pourtant, en observant les peintures mythologiques, il est facile de comprendre que les artistes ont travaillé avec des modèles. L’étude « d’après nature » est nécessaire afin de pouvoir rendre les chairs et les silhouettes féminines de manière réaliste.

Mais comment réaliser ses études s’il est interdit d’avoir des modèles posant nu au sein de l’Académie ? Cette interdiction est détournée en faisant appel à des « femmes aux mœurs légères ». Ces sujets revisitent le thème de la « femme muse » inspirant l’artiste, ayant pour elle une beauté parfaite et désirable.

Les sujets peints sont parfois gravés, cela permettant une diffusion à plus grande échelle, et ceux parfois avec un coût moins élevé. Notons que dans l’exposition, le personnage qui épie le sujet n’est pas toujours un homme 😉

La figure du nu est présente pendant toute l’histoire de l’art quelle que soit l’époque. Les déesses et nymphes ont été l’occasion de représenter cet idéal de beauté. Mais les contemporaines des artistes peuvent aussi devenir le sujet des tableaux. Les paires de jambes sont ainsi exhibées à tout va ! Rappelons que pendant très longtemps et jusqu’à récemment encore, le fait de dévoiler ses chevilles ou une partie du corps était considéré comme un acte érotique en lui- même. Alors imaginez bien que représenter le corps d’une femme de manière réaliste et dénudé est sujet aux fantasmes !

Dans cette pièce est exposée l’œuvre de François Boucher que vous connaissez peut-être, qui n’est autre que L’Odalisque brune.

Cette odalisque est singulière dans le sens où François Boucher n’inclut aucune narration dans la scène. La narration étant le prétexte à la représentation de cette jeune femme représentée nue, allongée sur le ventre et les cuisses écartées. Le peintre réalise ainsi un « portrait de fesses ».

Ces sujets intimes sont pour souvent des commandes réalisées à la demande des commanditaires, faisant ainsi écho à la littérature libertine en vogue. Ces représentations de nus sont réservées à l’élite et conservé, exposé dans les parties le plus privées de l’habitat, dans ce qui est appelé le « cabinet fort petit et fort chaud » du marquis de Marigny (frère de la marquise de Pompadour).

Tableaux souvent méconnus, ils restent malgré tout la cible de critique comme a pu l’être François Boucher. Voici ce que son Diderot, son principal détracteur, dira de lui : « Que voulez-vous que cet artiste jette sur sa toile ? Ce qu’il a dans l’imagination. Et que peut avoir dans l’imagination un homme qui passe sa vie avec les prostituées du plus bas étage ? » (Diderot, Salon de 1765)

Diderot, à nouveau, lors du Salon de 1767 : « [N]’avons-nous pas vu […] une femme toute nue, étendue sur des oreillers, jambes deçà, jambes delà, offrant la tête la plus voluptueuse, le plus beau dos, les plus belles fesses, invitant au plaisir […] »

La pièce est l’occasion de découvrir par la même occasion des ouvrages libertins, des dessins préparatoires ainsi qu’une Odalisque blonde, moins connu du public que la brune.

Quant d’un côté, Boucher peint la passion des héros avec un enchevêtrement de jambes, des caresses ; nous avons de l’autre la tendresse des amants qui est représenté par Fragonard.

Greuze quant à lui ira jusqu’à prêter les traits de sa propre femme au sujet qu’il appelle La Volupté, représentant une figure féminine proche de l’extase orgastique. Et c’est sans compter Jean-Baptiste Marie Pierre qui représente deux amantes (une faunesse et une nymphe, personnages mythologiques de ce fait !) en train de s’enlacer, mise en lumière par la technique de la contre-plongée.

Le sujet des étreintes dans la sphère privée est largement représenté et dépeint l’ambigüité des pratiques amoureuses du 18e siècle. Car elles peuvent être consenties comme subies…. La sensualité autorisée dans la représentation des sujets mythologiques est d’un autre registre lorsque les sujets sont représentés dans les alcôves. Ainsi les scènes peuvent avoir lieu dans une étable où le désir, l’érotisme sont parfois mêlés à la violence….

… que représente la quête du plaisir. Deux œuvres sont présentées dans l’espace et permettent de rappeler que la symbolique des objets est parfois importante dans la compréhension du tableau.

Au premier regard, nous discernons de belles œuvres, mais la lecture symbolique peut parfois révélée des sujets plus douloureux ou tabou. Comme par exemple, la perte de la virginité, qui est visible par la présence des œufs ou de la cruche cassés.

D’autres objets associés, comme le chat mangeant la poule ou les mains nouées sur le bas-ventre ou encore le regard peuvent parfois nous amener à nous poser des questions sur l’objectif de l’œuvre : simple grivoiserie, avertissement moralisateur, évocation d’un viol ou la condamnation d’une jeunesse insouciante ? Les niveaux de lectures multiples et parfois complexes n’aident pas à fixer la signification définitive…

L’exposition se termine avec le cabinet de curiosa, exhibant les parties honteuses du corps ou l’acte sexuel en lui-même et cela sans fard. Les fêtes, les orgies, des scènes de voyeurisme se côtoient dans ce cabinet. La production de ces oeuvres est clandestine car considérées comme « licencieuses » voire « obscènes », mais cela n’empêche absolument pas leur succès. Ces œuvres présentées pour la première fois sont rares. Elles font écho à la littérature licencieuse « qu’on ne lit que d’une seule main ».

Voici le lien vers le musée pour préparer votre venue et découvrir l’exposition temporaire « L’empire des sens » ainsi que les collections permanentes :

https://www.museecognacqjay.paris.fr/fr/informations-pratiques

A très vite pour de nouveaux articles ! 😊

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