Femmes peintres à l’honneur

La femme en tant qu’artiste a toujours eu du mal à se faire une place dans la société et la citation d’introduction de l’exposition au musée du Luxembourg met le doigt dessus : « … comment pourront-elles trouver assez de temps pour être à la fois épouses soigneuses, mères tendres et surveillantes, chefs vigilants de leurs domestiques, et peindre autant qu’il est nécessaire pour le faire bien ? » (Abbé de Fontenay, Journal général de France, n°71, 14 juin 1785).

C’est toujours d’actualité comme sujet, non ? La question se pose encore de nos jours avec la place de la femme au sein de la famille, est-ce qu’elle doit choisir entre la vie de famille ou la vie professionnelle ? Pourquoi ne pourrait-elle pas faire les deux ? …

Mais qu’à cela ne tienne ! Entre 1780 et 1830, nombre d’entre elles ont été reconnus pour leur talent, même si aujourd’hui leurs noms sont pour le plus souvent inconnus ou moins valorisés que leurs homologues masculins. L’exposition laisse ainsi la part belle aux œuvres de ces artistes : Elisabeth-Louise Vigée le Brun, Julie Duvidal de Montferrier, Marie-Nicole Vestier, Nisa Villers pour ne citer que quelques noms présents dans l’exposition.

L’Académie de peinture est une institution avec ses règles, sa hiérarchie et lorsque Elisabeth-Louise Vigée Le Brun ainsi qu’Adelaïde Labille-Guiard (déjà reconnues en tant qu’artistes) y sont admises en mai 1783, il s’agit d’un événement ! Le nombre d’académicienne sera d’ailleurs de quatre maximum…. mais cela n’empêchera pas les changements de se produire!

En effet, l’étude du nu n’est pas autorisée aux femmes peintres, ce qui menace selon les contemporains le grand genre, parce que cela est contraire à la morale. Le débat va s’enflammer avec l’ouverture des ateliers mixtes permettant ainsi la formation des femmes.

L’Histoire s’en mêle avec l’arrivée de la Révolution française, qui aboutira à l’abolition de l’Académie de peinture en 1793. Mais cela ne permet pas aux femmes d’être inclues dans la nouvelle politique du Salon libre. La Société républicaine des arts interdit l’adhésion des femmes jusqu’en octobre 1794. L’argument mis en avant étant l’équilibre à avoir entre la vie domestique et la vie artistique. Cette interdiction n’empêche pas les femmes peintres d’exercer et d’exposer. D’une trentaine de femmes artistes à l’époque révolutionnaire, elles seront plus de deux cents dans les années 1820.

« Une chose, mon ami, qui m’a toujours paru inconcevable est l’impudeur extrême des pères et des mères qui livrent leurs filles aux études de l’art de peindre […] » (Philippe Chery, Lettres analitiques, critiques et philosophiques sur les tableaux du Salon, 1791)

Les critères à l’époque d’une position sociale élevée étaient : la maîtrise du dessin, l’érudition artistique ou encore la fréquentation assidue des expositions. Mais le 18e siècle voit du changement de ce côté-ci également, parce que la bourgeoisie va s’approprier ces critères. Ainsi de plus en plus de jeunes filles qui ne sont pas issues de ce milieu, vont se former aux arts graphiques. Les familles seront derrière elles, y voyant une plue value sociale et matrimoniale avant d’y voir, par la,suite, un métier rémunérateur.

L’interdiction émise par l’Académie n’a pas d’effet retentissant (du moins autant que prévu) parce que les artistes masculins, tels Greuze, David ou Regnault, ouvriront leurs ateliers aux demoiselles qui souhaitent suivre une formation, bouleversant ainsi le système de transmission jusqu’alors mis en place. Ainsi se mettra en place des cours privés parfois supervisé par une ancienne élève, voire par leur épouse.

Sans oublier nos artistes pionnières qui vont aussi se mettre à former les nouvelles générations !

Le programme reste le même dans la plupart des ateliers avec l’étude de la peinture d’histoire ou le nu. La réputation du maître, la sociabilité, le réseau de contact, la candidature au Salon restent des incontournables pour faire carrière en tant qu’artiste. Il y aura d’ailleurs deux termes pour bien différencier les femmes qui peignent : celles qui peignent pour leur plaisir seront considérées comme amateures, alors que celle qui en font leur métier seront des artistes.

Pour continuer sur la section suivante de l’exposition, Elicec et sa guide-conférencière ont beaucoup apprécié l’extrait de la nécrologie d’Hortense Haudebourt-Lescot, paru dans l’Illustration le 8 janvier 1845 :

« L’influence incontestable qu’elle semble […] avoir exercée sur la direction et la forme de l’art à une certaine époque, influence que l’on n’a peut-être pas encore assez remarquée, nous paraît devoir être l’objet d’un examen sérieux, et d’une étude qui ne sera peut-être pas ans intérêt, comme souvenir historique d’une époque encore bien près de nous, mais que cependant nous avons presqu’oubliée comme si elle était déjà bien loin.

Jusqu’alors, et sous la direction de David, toutes les préoccupations s’étaient portées vers les grandes toiles, vers la peinture historique, vers le portrait monumental. La route que suivit mademoiselle Lescot était toute différente et toute nouvelle. Le charme que l’on trouva dans ces gracieux petits cadres étincelants de couleur et d’esprit attira la foule, qui déserta  les grandes pages mythologiques inaccessibles aux fortunes médiocres, aux salons rétrécis, et qui n’étaient plus en harmonie avec une société renouvelée. […] Elle était seule au début : maintenant qu’est devenue la peinture héroïque ? Et quelle fortune n’a pas faite la peinture dite de genre, qui semblait morte avec Greuze,  que madame Haudebourt-Lescot a si bien ressuscitée et qui règne aujourd’hui presque sans partage ? »

En effet, le Salon était le lieu où les artistes se devaient d’exposer afin de décrocher la protection d’un mécène, qui étaient les grandes fortunes religieuses comme laïques, les sujets étant concentrés sur les épisodes religieux, mythologiques ou des scènes de chasse.

Le Salon de 1804 accueille plus de 22 000 visiteurs ! Il est le lieu incontournable et c’est aussi le seul lieu où sont consacrés des artistes vivants. Après la Révolution française, l’institution change et à la fin du Salon, des médailles sont décernées mais aussi et surtout les commandes de l’État. Le nombre d’exposants explose : 300 sous la Révolution, nous arrivons à 1 200 à la fin des années 1840 (!). Les tableaux sont exposés sur plusieurs rangés et sont numérotés. Les critiques d’art vont ainsi se développer autant sur le goût du public que sur les carrières des artistes.

Les femmes artistes seront encore largement refusées par rapport à leurs homologues hommes. Mais leur présence et leur souhait de réaliser des œuvres proches des goûts des clients va bouleverser petit à petit le marché de l’art car les scènes de genre ainsi que les petits portraits sont principalement réalisés par des femmes.

« L’art de la peinture vient d’atteindre en France à un très-haut degré de perfection et jamais on n’y a vu autant de femmes artistes » (Charles-Paul Landon, Les Annales du Musée et de l’école moderne des beaux-arts, 1807)

« On en peut disconvenir qu’un bon tableau de genre est préférable à un mauvais tableau d’histoire » (Charles-Paul Landon, Salon, 1814)

Et voilà venir deux trois tableaux coup de cœur de l’exposition pour Elicec 😊 L’un pour cette atmosphère violette qui entoure le personnage et le deuxième pour la finesse du détail au niveau du voile en dentelle.

Et voici le 3e qui clôture l’article accompagné d’une citation.

« Je suis femme françoise et peintre ; j’ai droit à votre confiance, à votre accueil et à celui du public ; mais je n’accepte ni le vôtre, ni le sien : je veux le mériter »

Voici le lien vers le site du musée du Luxembourg afin de préparer votre venue sans stress. Sachant que l’exposition est visible jusqu’au 25 juillet 2021 : https://museeduluxembourg.fr/fr/agenda/evenement/peintres-femmes-1780-1830

A très vite pour de nouvelles aventures, découvertes ou expositions !

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