Le théorème de Narcisse

Le Petit Palais à Paris est un lieu propice aux expositions tant d’art moderne que d’art contemporain, comme le prouve l’artiste Jean-Michel Othoniel, qui nous démontre que l’art contemporain a toute sa place dans les lieux historiques. Cela peut parfois surprendre, mais en l’occurrence les installations dans le jardin du musée rendent vraiment bien 😊

Plusieurs espaces du musée sont ainsi occupés par les œuvres de l’artiste. Partons à leur découverte !

Sortant de l’exposition temporaire sur Ilya Répine (qui fera l’objet du prochain article), c’est « la Couronne de la Nuit » qui a été la première œuvre découverte.

Cette œuvre d’Othoniel vient d’entrer récemment dans les collections du musée et a ainsi trouvé sa place dans le bâtiment. Suspendu au-dessus de l’escalier, cette couronne fait ainsi écho à la coupole surmontant celui-ci. L’artiste a fait appel à des maîtres-verriers pour réaliser ces perles de verre de Murano avec des teintes à dominantes froides. Au centre de la couronne, se trouve une boule-miroir, appelée « affolante » car elle est utilisée pour effrayer les oiseaux.

Les maîtres-verriers ont procédé à plusieurs étapes pour obtenir ces perles. Après avoir soufflé les perles, elles ont été polies, puis « miroitées » (couche d’argent réfléchissante qui a été appliqué sur la surface intérieure) pour nous donner cet aspect métallique du plus bel effet.

Le titre de l’œuvre « La Couronne de la Nuit » possède une référence à un autre art qu’est la musique. En effet, elle se symbolise la Reine de la Nuit dans « La Flûte enchantée » de Mozart (première représentation à Vienne en 1791). Ce qui amène à dire, que de nombreuses références artistiques sont présentes dans le travail de Jean-Michel Othoniel.

Œuvre céleste, elle fait le lien pour aller directement dans la grotte de Narcisse qui se trouve au sous-sol du musée… en passant d’abord par le jardin !

En ce qui concerne les œuvres dans le jardin, l’artiste a ces mots « Toutes les sculptures du jardin évoquent le jardin des Hespérides, les fruits d’or de la mythologie. On trouve des colliers cachés comme des pommes d’or dans les arbres, faits spécialement à leur échelle car se sont des essences d’Asie, de structure fragile. Entre les colonnes, j’ai posé des colliers autoportés qui semblent flotter comme par magie » (extrait du « Connaissance des Arts » hors-série consacré à Jean-Michel Ohtoniel)

Petit rappel mythologique 😉 Hercule/Héraclès doit dérober les pommes d’or dans ce jardin des Hespérides, qui est uniquement réservé aux dieux. Il s’agit du onzième des douze travaux qu’il doit effectuer. Pour un peu plus de détails sur cet épisode, je vous invite à cliquer sur le lien suivant qui vous amènera sur le site de la BnF : http://classes.bnf.fr/candide/grand/can_261.htm

Jean-Michel Othoniel a ainsi travaillé avec le lieu, son histoire, pour pouvoir retrouver le regard d’un visiteur en 1900, lors de l’exposition universelle, qui découvre pour la première fois les jardins exotiques. Il a ainsi joué avec les lieux, les perspectives et l’eau pour magnifier le lieu et lui donner une dimension calme, propice à la méditation. L’artiste explique qu’il s’est nourri des études scientifiques mais au aussi de la dualité émerveillement/répulsion provoquée par le jardin exotique.

Ces fleurs dorées ainsi que les nœuds dans l’enfilade ont tous un point commun : la réflexion de la lumière et de l’image. Ce qui nous amène au titre de l’exposition qui évoque Narcisse.

Ici, les œuvres reflètent le jardin, l’architecture ou encore les peintures de Paul Baudoüin se trouvant sur la voûte, sans oublier le visiteur… qui devient lui-même un Narcisse contemplant son reflet.

Narcisse, qui dans la mythologie, serait tombé amoureux de son reflet qu’il vit lorsqu’il voulut étancher sa soif. Il restera à se contempler et finira par en mourir après plusieurs jours. Il est même dit qu’il chercha à distinguer ses traits dans les eaux du Styx.

Direction maintenant le sous-sol pour y découvrir la dernière partie du travail de l’artiste : les briques de verres soufflées.

Le premier espace est composé d’œuvres en briques colorées et argentées permettant d’introduire un nouvel aspect du travail de l’artiste.

Le jardin à l’époque maniériste (au 16e siècle) s’épanouit et se voit accompagner de grottes mettant en scène la nature et l’humain, par le prisme de la réalité ou de l’imaginaire. Elles sont aussi le moyen de déployer les techniques d’automates, de machineries ou encore celles de l’hydraulique. Elles deviennent ainsi des espaces d’émerveillement mais par la même occasion un lieu où s’arrêter, méditer…

C’est sûrement ce à quoi invite cette grotte argentée au milieu de la pièce, on peut simplement la traverser comme prendre le temps de s’y arrêter…

Notons que la brique a une signification particulière pour Othoniel dans son œuvre. En effet, la brique apparaît suite à un voyage en Inde, où il voit sur le bord des routes, des piles de briques amassées par les habitants. Pour eux, il s’agit de réunir les briques qui permettront de construite leur maison, ou du moins de rêver de pouvoir en construire une. La connotation du rêve associée à la brique pour le peuple indien entre ainsi dans l’univers de l’artiste qui le déploie à travers ses œuvres.

Othoniel ne travaille pas seul. Nous avons évoqué les maîtres verriers, les souffleurs indiens (depuis 2010 pour les briques) mais il travaille également avec le mathématicien mexicain Aubin Arroyo.

Les deux hommes ont trouvé un pont commun à leur travail : les perles. Celles d’Othoniel sont l’équivalent de la théorie des « nœuds sauvages » d’Arroyo. Ce qui est exceptionnel c’est qu’ils ont travaillé chacun de leur côté sans se connaître jusqu’à ce qu’Arroyo découvre le travail de l’artiste par le biais d’Internet et le contacte.

« Il [Aubin Arroyo] a inauguré, il y a quinze ans, la théorie des « nœuds sauvages ». C’est une sorte d’exercice mathématique, conçu en 1905, avec pour point de départ poétique une légende mythologique. Une déesse indienne casse son collier dans un geste de colère et toutes les perles se répandent dans l’univers : ce sont les étoiles. Des mathématiciens ont imaginé calculer les reflets de ces perles les unes dans les autres. Arroyo, lui, a changé les termes, il a lié ces perles en nœuds et a cherché à mettre en équation les reflets, en calculant toutes les combinaisons possibles. Sur ordinateur, il en a tiré des images, similaire aux formes de mes œuvres, et cela sans même me connaître. » (extrait de « Connaissance des Arts », hors-série consacré à Jean-Michel Othoniel).

Ainsi s’achève ce petit tour autour de Jean-Michel Othoniel au Petit Palais. Il ne vous reste plus que quelques jours pour admirer les œuvres car l’exposition fermera ses portes le 9 janvier 2022.

Voici le lien vers le site du musée pour préparer votre visite : https://www.petitpalais.paris.fr/expositions/le-theoreme-de-narcisse

Dernière information, elle est gratuite, alors plus aucune raison d’hésiter à pousser les portes du Petit Palais 😉

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