La cathédrale aux bœufs

L’année 2022 a été marquée par la découverte de plusieurs cathédrales gothiques. Une préparation pour des clients étrangers a ainsi permis d’en prendre pleins les yeux, surtout en étant amatrice d’architecture gothique 😊

Première étape à Laon !

Le monument se mérite avec la montée vers la vieille ville de Laon, cela permet de s’échauffer et de ne plus avoir froid une fois toutes les marches montées.

Voici une petite présentation de l’édifice 😊

La présence chrétienne est présente à Laon dès le 6e siècle avec plusieurs lieux de cultes dont un groupe épiscopal, qui sera restauré plusieurs fois entre le 11e et le 12e siècle, à la suite d’un incendie. L’argent aura été récolté grâce à des quêtes réalisées en France et en Angleterre par l’évêque Barthélémy de Joux.

Le 12e siècle, c’est également le moment où les maisons se trouvant sur le parvis de la cathédrale vont être rachetées, puis détruites afin de gagner de la place pour le nouveau projet de cathédrale mis en place par l’évêque Gautier de Mortagne. La fin du chantier est validée par les écrits des chapelains (translation des reliques de saint Béat, dédicace de l’autel Thomas Becket, autorisation pour l’accueil des sépultures des chanoines) entre 1164 et 1183.

Le chevet plat que nous connaissons encore aujourd’hui a été réalisé entre 1190 et 1220.

Les tours seront terminées au milieu du 13e siècle, et se terminera avec l’édification des 27 chapelles entre les contreforts de la cathédrale.

Comme tout grand édifice, il y aura de nombreuses transformations et reconstructions sur les siècles suivants. Il faut ajouter à cela que l’édifice a été construit sur une butte et est confronté aux intempéries. La cathédrale sera atteinte six fois par la foudre, affrontera un tremblement de terre et essuiera quatre tempêtes au cours de son histoire.

La Révolution française ne détruira pas la cathédrale comme de nombreux édifices religieux français en revanche, elle perd son statut de cathédrale au profit de Soissons.

Le 19e siècle est le siècle des restaurations et du classement sur la liste des Monuments historiques. En ce qui concerne notre édifice, il y sera classé car il menace ruines et des travaux auront lieu à la suite des plaidoyers de Prosper Mérimée. Les travaux seront menés par Emile Boeswillwald dès 1853. Son état est critique aux moments des travaux : les tours de la façade menacent de s’écrouler, des lézardes dans la maçonnerie font craindre pour la stabilité de l’édifice, le décor s’effrite et la charpente repose directement sur la voûte. Les travaux se termineront à la veille de la Première Guerre mondiale.

La cathédrale de Laon servira d’inspiration pour la construction d’autres édifices gothiques tels que les cathédrales de Reims ou de Chartres.

La silhouette de l’édifice est particulière. Ses cinq tours et sa dentelle architecturale donnent l’impression que l’édifice est aspiré par le haut, et plus particulièrement si nous la regardons depuis le bas de la ville. Une expression lui est associée : c’est « une arche sainte à mi-chemin entre le ciel et la terre » et elle s’est inspirée de la cathédrale de Tournai en Belgique.

La façade principale est la plus décorée, comme c’est souvent le cas pour les édifices religieux (excepté pour l’entrée des religieux, qui elle aussi est souvent ornée de décors), exception faite de la cathédrale de Soissons qui a perdu son décor.

Les trois portails sculptés seront aussi une source d’inspiration pour ceux de la cathédrale de Chartres. Plusieurs principes architecturaux sont mis en place pour harmoniser ou alléger l’édifice : des porches profonds qui permettent par la même occasion d’unifier les contreforts à la maçonnerie de la façade, une correspondance des portails avec la nef et les bas-côtés à l’intérieur tout comme la rose qui correspond à la tribune ou encore la galerie haute à celle du triforium (petite galerie avec des colonnettes qui se situe entre les grandes arcades et le niveau de vitraux dans la nef). Le monument est apprécié pour sa claire-voie donnant une transparence à l’édifice.

Les thèmes des portails sont liés au Christ et à Marie. Le portail de droite est dédié au Jugement Dernier (qui est d’ailleurs le plus ancien des trois, avec un style se situant entre la période romane et le style des années 1200). On y retrouve le Christ entouré des apôtres avec sous leurs pieds les morts qui sortent précipitamment de leurs tombes. Nous y retrouvons également la séparation entre les élus et les damnés, visible avec le sujet des Vierges sages et Vierges folles (il s’agit d’une parabole mettant en avant l’appel du Christ à suivre les principes de la fidélité à sa parole, la miséricorde et la charité pour gagner le Paradis après la mort). Le portail de gauche est quant à lui inspiré du portail de sainte-Anne que l’on retrouve à Notre-Dame de Paris et qui servira par la suite pour celui à Chartres. C’est Marie qui est mise à l’honneur en position frontale, avec le Christ et les Rois mages sur le côté. Le reste du portail reprend trois épisodes que sont l’Annonciation, la Nativité et l’Annonce aux bergers. Nous pouvons y retrouver le combat entre les vices et les vertus ou les ancêtres de la Vierge dans les différents étages de voussures (superposition d’arcs brisés au-dessus du tympan sculpté) entourant la scène centrale. Terminons par le portail central qui est similaire à celui de la cathédrale de Senlis avec une représentation du Christ et de sa mère qui se font face, assis et entourés d’nages. Encore une fois, la vie de Marie est mise en avant avec les décors présents : ses ancêtres, sa mort et son assomption (montée au ciel).

Pour terminer avec la façade principale, nous vous mettons au défi de retrouver deux visages sculptés : celui de Viollet-le-Duc et celui d’Emile Boeswillwald ! Un indice, ils sont sur le même niveau que les portails sculptés 😉.

Peut-être qu’en lisant le titre de l’article, vous vous êtes demandé pourquoi les bœufs sont de la partie. Eh bien c’est le moment d’avoir la réponse 😊 Sur les tours de la façade principale, nous vous laissons partir à la recherche des sculptures de bœufs. Ils ne sont pas la par hasard. Ils font référence à la légende selon laquelle un bœuf miraculeux et mystérieux a remplacé un attelage de quatre animaux qui conduisaient les matériaux nécessaires à la construction au sommet de la colline !

C’est la façade principale qui était en très mauvais état et qui a été choisi par Emile Boeswillwald pour le début des travaux : la quasi-totalité des personnages avaient perdu leurs têtes pendant la Révolution française et des éléments de maçonnerie avaient besoin d’être repris pour la stabilité du monument.

Il est désormais temps d’entrer dans l’édifice 😉

Concernant l’intérieur, le mobilier d’origine a disparu pendant la Révolution française et le rachat s’est effectué auprès d’autres édifices religieux qui ont été supprimés à la même époque. Ici il s’agit de couvents et d’abbayes dans les alentours ou situés en Picardie. Ainsi sont achetés la chaire à prêcher, les clôtures de chœur et les stalles ainsi que des retables et des peintures.

La cathédrale de Laon voit son sol composé de 200 dalles funéraires ! Elles se concentrent dans la nef et le transept. Il était de coutume pour les personnes riches ou les religieux de se faire enterrer dans les édifices religieux. A Laon, il s’agit pour la majorité de dalles représentant les chanoines. Être le plus près possible du chœur permettait, selon les dires, d’arriver au Paradis plus rapidement. Elles sont réalisées soit en calcaire de Senlis ou en pierre de Tournai, ce qui donne ces aspects de dalles noires et blanches avec un relief de gravure très peu marqué. Une partie d’entre elles ont été relevées et sont conservées dans les chapelles latérales. Dans la nef est également visible le cénotaphe (monument funéraire vide) de l’évêque Barthélémy de Joux qui a joué un grand rôle dans la construction du monument.

Une pièce de mobilier qui nous a particulièrement plu sont les fonds baptismaux romans. En pierre de Tournai et sculpté sur les quatre faces avec : un chien, un oiseau, un griffon et un dragon. On y retrouve des symboles de vie opposés aux vices et vertus. Les quatre têtes en haut relief représentent les quatre fleuves du Paradis qui sont : le Tigre, l’Euphrate, le Géon et le Phison.

La chapelle se situant juste à côté contient une clôture en chêne, datant du 15e siècle, absolument magnifique. Un chef d’œuvre de menuiserie avec un décor tout en détail, sur la partie inférieure avec des plis en serviette et en hauteur avec des médaillés découpés pour former une orbevoie. Les vitraux de cette chapelle du Saint-Sépulcre, ont été réalisés en 1972 par le maître-verrier Le Chevallier, remplaçant ceux détruits en 1914 et qui représentaient la vie de saint Joseph.

D’ailleurs en parlant de vitraux, le meilleur endroit pour les admirer dans leur globalité serait à la croisée du transept. Ceux composant le chevet (au fond du chœur plat) est un ensemble complet datant du 13e siècle. Ils vont être très abîmés lorsque la poudrière à proximité de la cathédrale explosera en 1870. Les morceaux et fragments des verrières sont recueillis et une restauration aura lieu à la fin du 20e siècle pour la rose et un des triplets.

Les triplets du chevet sont consacrés : à gauche, l’histoire des saints Etienne et Théophile ; au centre, la Passion du Christ ; à droite, c’est la vie de la Vierge et l’enfance du Christ. La rose qui surmonte cet ensemble représente quant à elle une Vierge à l’enfant, entourés par les douze apôtres et les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse.

La rose de la façade nord représente les Arts libéraux, sous la forme de femmes. Les différentes disciplines sont représentées : la Rhétorique, la Grammaire, la Dialectique, l’Astronomie, l’Arithmétique, la Géométrie, la Musique et la Médecine.

N’oublions pas de poser un œil sur les grandes orgues qui datent de la fin du 17e siècle. Elles seront modifiées à la fin du siècle suivant pour être transformer en instrument symphonique. L’instrument sera enfin restauré à la fin du 20e siècle : dix ans de travaux se terminant en 1992.

Et voilà pour la découverte de la cathédrale de Laon. J’espère que cela vous donne envie d’aller la voir en vraie 😉

Voici le lien vers le site de l’office de tourisme de Laon afin de préparer votre venue : https://www.tourisme-paysdelaon.com/

Parce que la cathédrale n’est pas le seul monument à découvrir, n’hésitez pas à déambuler dans les rues.

A bientôt pour de nouvelles découvertes 😊

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